Archives de Tag: junky writes

Nesse (10ème partie)

La horde s’arrêta au sommet de la colline, tandis que Nesse inspectait les rangs et grognait à ceux qui protestaient. Toyboy ne marchait pas à ses côtés. Lui, Tribal et un groupe non négligeable de morts-vivants traînaient à l’arrière en se parlant à voix basse.

— Dans les rangs bande de tire-au-flancs, feula Nesse. Les autres sont à des heures de marche.

— Chef, fit Toyboy.

Nesse était à deux doigts de craquer. Sa faim la talonnait plus que jamais et l’odeur de l’humain était sur chaque zombie de sa horde.

— Quoi encore ? On se casse j’ai dit.

— On se disait, chef, c’est quand même dommage. C’est du gaspillage ce qu’on fait là.

— Au contraire, ironisa Nesse, on laisse un mâle et une femelle adulte en vie. Ils se reproduiront et nous feront encore plus de viande pour nous.

L’idée parut plaire à Tribal mais Toyboy était bien plus malin que ça.

— Sauf s’ils rejoignent une colonie d’humains où ils apprennent à nous combattre. La femme a tué un tiers de notre groupe. Je trouve ça plutôt dangereux pour notre espèce de la laisser en liberté comme ça.

Les morts-vivants grognèrent d’approbation. Notre espèce. Nesse en aurait éclaté de rire si la situation avait été amusante.

— On devrait attendre planquer autour de l’usine et les choper quand ils…

— Il va faire nuit, soupira Nesse, ils ne partiront qu’au petit matin. C’est inutile d’attendre aussi longtemps alors que le reste de la horde s’éloigne de plus en plus de nous.

— Dans ce cas, avança un autre mort-vivant, on pourrait grimper sur les pièces de machines comme prévu et…

— Inutile, le coupa Toyboy. Ça ne marchera pas, ce n’était qu’une distraction pour occuper nos troupes. N’est-ce pas, chef ?

Nesse se hérissa. La situation s’envenimait, et plus les zombies restaient à écouter Toyboy plus ils seraient nombreux à se ranger de son côté. Nesse devait engager la marche dans la forêt afin de les éloigner au plus vite de l’odeur des humains qui les rendaient instables.

— Serais-tu en train de mettre en doute mes ordres ? susurra Nesse en serrant le poing sur sa double lame.

— Ma foi, ça se pourrait bien, gronda Toyboy.

Toyboy n’était pas bien fort au combat, aussi tourna-t-il la tête vers les zombies récalcitrants mais aucun n’avait fait un pas pour l’aider.

— Tribal ? grinça Toyboy entre ses dents.

Mais Tribal n’écoutait plus. La tête tournée vers l’usine, il fixait de ses yeux délavés la fenêtre brisée où une silhouette les observait. Un filet de bave et de sang coulait des mâchoires du zombie et sans crier gare, il poussa un hurlement guttural et bondit en avant.

Yuko vit comme un éclair blanc le regard du monstre se tourner vers lui. Il s’interrogeait sur les raisons de la troupe qui s’était arrêtée au sommet de la colline, inquiet à l’idée qu’ils puissent faire demi-tour. Son attention était surtout sur la petite silhouette de la fille aux cheveux courts et qui semblait être la chef du troupeau. Yuko en ressentait un malaise grandissant à voir cette fille, qu’on n’aurait pu prendre pour une humaine un peu amochée de dos, au milieu de ces monstres.

Il poussa un cri lorsque le géant mort-vivant, celui au crâne parcouru de grosses cicatrices, se mit à courir en hurlant dans sa direction. Yuko sentit Léti apparaître à ses côtés, épauler son fusil et tirer. La balle transperça l’épaule du zombie. Léti grogna, recommença, mais le monstre était plus rapide que la normale, filant ventre à terre jusqu’au mur.

Yuko aurait dû la retenir. Léti se pencha par la fenêtre, visant le zombie qui se préparait à sauter. Le coup partit, déchira l’œil du monstre, mais ne le tua pas.

Le monstre bondit. Ses ongles accrochèrent la pierre, ses pieds se calèrent dans les imperfections du béton. Il lança son poing droit et le referma sur la gueule du fusil. Léti n’eut pas le temps de réagir alors que le hurlement de Yuko se coinçait dans sa gorge.

Le zombie tira, et le fusil et Léti passèrent par-dessus bord.

— NON !

Yuko tendit la main. Ses doigts touchèrent la botte de Léti mais ne purent s’y accrocher. Il la vit basculer sur le dos du zombie et s’écraser mollement sur le sol.

Une poigne d’acier se referma sur le bras tendu de Yuko et il se sentit partir en avant. Le zombie, les globes oculaires suintant de sang, l’avait attrapé et tentait de le faire tomber à son tour. Yuko grogna, s’accrochait aux rebords coupants de la fenêtre mais la force du monstre aurait bientôt raison de lui.

Il sentit alors des petites griffes s’agripper à son dos et ses jambes. Les enfants pleuraient et criaient à la fois, le retenant de toute leur force.

Yuko aurait voulu leur dire quelque chose, mais toute son attention était focalisée sur le corps de Léti en bas. La jeune femme reprenait son souffle et se relevait péniblement. Yuko n’avait pas besoin de lui crier, elle savait qu’elle était foutue.

La horde avait suivi Tribal dès lors qu’ils l’avaient vu s’accrocher au mur comme une horrible araignée. Ils caracolèrent en grognant sur le parking envahi de hautes herbes et encerclèrent l’humaine.

Léti tenait difficilement sur ses jambes. Elle abattit ceux qui venaient vers elle, concentrée uniquement sur sa survie, au point d’en oublier le monstre qui l’avait fait tomber et qui s’attaquerait prochainement aux enfants.

Les enfants.

Il était hélas trop tard. Elle n’avait plus de munitions. Léti se campa sur ses jambes, brandissant le fusil comme un gourdin et attendit la horde qui n’était plus qu’à quelques mètres. Elle leva juste la tête pour voir Yuko aux prises avec le zombie géant, et entendit le cri des enfants.

Au moment où la horde fut sur elle, elle se mit à crier :

— Le revolver !

Létit se battit alors. Elle fracassa le crâne des zombies les plus proches qui sautillaient autour d’elle, comme une bande chats jouant avec leur proie. Léti frappa de toutes ses forces, tournoya sur elle-même, hurla sous la douleur dans ses jambes, et sentit soudain la morsure. Dans le ventre, puis la cuisse, les mollets, les bras. Elle se débattit, réussit à se libérer d’une mâchoire, écarta un poing massif qui s’écrasait sur son visage.

Les zombies ne la mordirent pas de suite à la jugulaire. Ils l’attaquèrent de toute part, avant de la dévorer vivante. Les hurlements de Léti  résonnèrent longtemps dans cette fin d’après-midi.

Le dernier son qu’elle entendit, écrasée sous les carcasses puantes des monstres fut celui d’un sifflement dans les airs et du grognement furieux du monstre géant.

Précédent…

Suivant…

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Nesse (9ème partie)

— Vous croyez qu’ils sont partis ? murmura Tya.

— A votre avis, fit Yuko, combien de temps doit-on attendre avant de se risquer à reprendre la route ?

Léti ne répondit pas tout de suite. Elle berçait doucement Link contre elle, lui susurrant des paroles rassurantes. Son regard demeurait froid et calculateur, et Yuko ne se remettait toujours pas de la rapidité avec laquelle elle avait réagi. Une heure plus tôt il lui restait quinze balles dans son fusil. Sept avaient servi à abattre les morts-vivants, et une pour la tête au catogan de Walter.

Yuko se dit qu’il n’aurait jamais réagi aussi promptement à sa place.

— On va attendre le matin, lança-t-elle. Il fait trop tard pour voyager de nuit.

— Je veux partir, murmura le petit Link. Je peux marcher.

Tya lui assura la même chose d’un hochement de tête vigoureux. Yuko et Léti échangèrent un regard amusé. Ils restèrent longtemps à se regarder ainsi, et Yuko en ressentit une bouffée de sentiments qu’il ne pensait plus ressentir un jour.

Ils avaient survécu. Les jours suivants seraient sans doute durs à affronter, mais ils avaient survécu et ils étaient ensemble.

Léti retira la main de la tête de Link et la pressa doucement sur le bras de Yuko.

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Nesse (8ème partie)

Elle flottait. Comme dans un rêve.

Nesse retraversa l’entrepôt. Le vacarme que faisaient les zombies en détachant les pièces de métal la ramena doucement à la réalité.

Tribal lui exposa l’énorme plaque bombée qu’il avait réussi à arracher à lui seul.

— Monte dessus, lui ordonna Nesse.

La brute mit du temps à comprendre. Dès qu’il posa le pied sur la plaque et se hissa dessus de toute sa force, celle-ci se plia et racla le sol en un son assourdissant.

— Pas assez solide. Recommence, fit Nesse en s’éloignant sous les éclats moqueurs des autres zombies.

Elle traversa la cour. Elle entendit distinctement le claquement sec du fusil mais s’en désintéressa.

Toyboy l’attrapa par le bras, faisant fi de toute convention sociale et lui grogna à l’oreille :

— Je sens l’odeur de la poudre. Qu’est-ce qu’ils fabriquent à ton avis ?

Toyboy avait un excellent odorat. Étrange qu’il n’ait pas senti l’odeur des enfants, vraiment. Nesse savait très bien ce qu’ils trafiquaient mais son esprit était ailleurs, bercé par les souvenirs de sa propre mort.

— Vous avez pu avoir la femme ? demanda-t-il d’une voix lointaine.

— Pas encore, elle…

Les grognements triplèrent. Les zombies hurlèrent, piaillèrent, le temps sembla s’arrêter. Nesse sentit son sang de tueur remuer dans son corps, ses poings se serrèrent, ses dents grincèrent.

Là-haut, un homme aux cheveux bruns, le visage pincé, tenait le garçon par le bras juste sous la gueule béante des morts-vivants. L’autre gamine s’accrochait à sa ceinture et le labourait de coups de poing, la bouche ouverte sur un hurlement muet de terreur et d’incompréhension. Le garçon gémissait, les yeux ronds remplis de larmes. Qu’ils ne l’entendent pas ou qu’ils l’ignorent, les deux autres adultes ne firent pas leur apparition.

— Donne-le ! hurlèrent les zombies. Balance-le connard !

— Et balance-toi avec ! renchérit Toyboy en devenant fou furieux.

Non, pensa Nesse.

Il y avait eu un gamin avant, très similaire à celui qui se pendait au bras de cet homme. Nesse était encore humaine, et voulait farouchement défendre sa peau. Elle avait laissé tomber bien des gens pour s’en sortir vivante. Un jour, une fillette était morte par sa faute. Ç’aurait dû être Nesse, mais Nesse avait préféré fuir, laissant la fillette se faire dévorer jusqu’à l’os. Et puis, l’autre gamin était apparu. Un petit que Nesse avait voulu protéger. Tant et si bien qu’elle avait pu régler sa dette envers l’autre gamine, et que c’était elle qui était devenue zombie à la place du garçonnet. Nesse, du fond de ce qu’il lui restait comme lambeaux d’humanité, ne le regrettait pas.

Dès lors, il lui arrivait parfois de ne pas pouvoir tuer un humain. La sélection était chaotique, cela pouvait varier d’une minute à l’autre, mais elle ne pouvait pas. Depuis quelques temps, cette tare s’était tue et ni femmes, ni enfants, ni hommes n’avaient échappé à sa folie meurtrière.

Mais là, quand Nesse vit les deux enfants, elle sut qu’elle ne pourrait pas les tuer.

Son pied buta sur le tas de pierres et de ferrailles que les zombies avaient ramassé. Elle prit ce qui ressemblait à une grosse machine à écrire et de toute sa force la lança.

La machine tournoya, frôla la tête de l’humain brun et s’écrasa avec fracas derrière.

Le jeune homme avait reculé sous la surprise. Le petit humain posa un pied salutaire sur le béton et la gamine l’attrapa à pleins bras.

Il y eut des cris, des hurlements derrière et le coup sec du fusil.

Nesse vit le filet de sang jaillir du crâne du jeune homme brun. Les zombies en dessous goûtèrent avec délice aux gouttelettes qui s’écrasèrent sur leurs figures.

— Tombe ! Tombe ! Tombe ! crachèrent-ils.

Le corps tituba, pivota sur la cheville et tomba dans les mains grandes ouvertes des monstres.

Les grognements cessèrent, remplacés par les bruits de déchirure, d’os brisés, de mastication, de déglutition. Tous s’étaient agglutinés en un amas glouton.

Nesse vit la main du jeune humain sur le sol, avant que la tête de Toyboy apparaisse et referme sa mâchoire dessus.

Toyboy leva ses yeux presque blancs sur Nesse. Il cilla, pencha la tête de côté et se détourna.

En haut, les deux autres adultes entouraient les enfants. La femme les serrait dans ses bras, son fusil pendant sur son épaule. L’homme, un jeune aux cheveux noirs corbeau, avait le regard braqué sur Nesse.

Il la dévisagea. Ses yeux vrillèrent sur le tas d’outils aux pieds de Nesse, avant de revenir sur elle. Nesse vit sa bouche s’ouvrir puis se refermer, mais déjà la femme l’entraînait vers le fond de la pièce et ils disparurent de sa vue.

Elle se glissa dans la cour. Le sang dans son ventre bouillonnait, les bruits du repas des morts-vivants la rendaient folle. Nesse mourrait de faim, mais celle-ci était dominée par bien plus fort encore.

Avec les trois morts-vivants que Nesse avait abattu, plus ceux tués par la femme, il ne devait rester plus qu’une vingtaine d’entre eux encore en vie. Les plus massifs et les plus dangereux se trouvaient dans l’entrepôt, tandis que le reste de la horde dévorait un corps encore chaud.

Elle voyait ce qu’il lui restait à faire.

Nesse revint dans la pièce, marcha droit vers l’amas de morts-vivants, grondant aussi fort qu’elle le pouvait. Certains eurent le bon réflexe de s’écarter, d’autres restèrent accrochés à la carcasse de l’humain. Nesse leur déchira les membres de son arme et les lança contre les murs.

L’homme avait perdu déjà la moitié de sa chair. Toyboy se faisait les dents sur un os du fémur, en observant Nesse d’un œil confus.

— Qu’est-ce que tu … ?

— Ca va aller pour aujourd’hui. On porte ça à Tribal et aux autres et on se casse.

Elle ignora le concert de protestations, mais la majorité était repue, les plus gros surtout. Les autres se turent devant l’œil glacial de Nesse, et comme Toyboy n’émettait qu’un grognement, ils finirent par accepter.

— Vous tous, dehors. Allez.

Paulette l’aida à transporter la carcasse jusqu’à l’entrepôt. Nesse la vit clairement prélever un morceau de pied, mais elle ne dit rien. Elle-même crevait de planter ces crocs dans cette viande palpitante de sang.

Elle siffla Tribal qui se retourna. Le corps décharné émit un son de succion quand elle le lança vers ceux qui travaillaient sur les machines.

Ils se précipitèrent aussitôt dessus et dévorèrent le reste de la carcasse en quelques minutes seulement. La horde les observait avec une colère qui montait de plus en plus et Nesse les flanqua dehors. Toyboy ne cessait de la regarder d’un œil de plus en plus méfiant et furieux, et Nesse capta les murmures grognons des autres morts-vivants.

Il ne resta bientôt plus que Tribal dans l’entrepôt. Il avait chassé les quatre autres morts-vivants, et léchait avec application chaque os encore ensanglanté.

— On se casse Tribal. Tu finiras en chemin.

— Quoi ? On vient à peine de commencer le repas !

Il commença à se diriger vers la cour, mais Nesse lui barra le chemin.

— On perd du temps ici. Celui-là, dit-il en désignant le tas de chair et d’os, c’était un coup de chance. C’est la femme qui l’a abattu.

— Parfait ! Alors je veux la femme pour moi, elle commence à me plaire !

— On se casse j’ai dit. La horde nous attend.

— Et si je veux pas te suivre ?

Nesse tenait toujours sa béquille aux deux lames dans le poing. Tribal la dominait de cinq bonnes têtes, mais elle se força à ne pas bouger d’un pouce, tout son corps tendu pour porter le coup fatal.

— Alors, dans ce cas, dit-elle d’une voix lente, tu sais parfaitement ce qui arrive aux zombies récalcitrants.

Tribal ne dit rien. Sa figure couturée de cicatrices était rouge du sang de l’humain, et il ne cessait de se lécher les babines. Ses épaules s’abaissèrent et il fit un pas en arrière. Nesse attendit qu’il soit sorti de l’entrepôt pour le suivre alors. Le sang lui battait dans la tête, et l’odeur de cadavre commençait à lui monter au nez.

Elle rejoignit la horde sur le parking et prit la tête vers la forêt.

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Nesse (7ème partie)

Leurs rires le réveillèrent. Yuko s’était lui aussi laissé porter par le sommeil pendant quelques minutes. Il frissonna et resserra sa veste doublée contre lui. Link riait aux éclats alors que Tya tenait l’ours en peluche et le faisait bouger comme une marionnette.

— Moins fort les enfants, leur intima Léti.

Elle était assise en face de Yuko, ses grands yeux bleus pâles braqués sur lui. Il en ressentit aussitôt un certain malaise, se demandant depuis combien de temps elle l’observait.

— Vous entendez ?

Yuko la dévisagea puis capta enfin le son, sourd, latent de coups répétés contre du métal. Son estomac se noua et il devint aussi pâle qu’un mort-vivant.

— Qu’est-ce qu’ils fabriquent ? chuchota-t-il.

Léti ne répondit pas, mais son regard déterminé redonna du courage à Yuko.

— Il faut partir, dit-il et elle hocha la tête vigoureusement.

— Vous avez un plan ?

— Il implique surtout vous et vos talents de tireuse.

Il tourna la tête en direction de Walter qui écoutait lui aussi les coups sourds.

— Et la destruction de cette fenêtre.

— Avec les massues ? Très bien.

Léti bondit sur ses pieds, attrapa une des massues qui avait servi à détruire l’escalier, et se dirigea d’un pas décidé vers la fenêtre. Walter ouvrit la bouche pour protester alors qu’elle se campait sur ses pieds, ramenait en arrière son arme et donnait un coup. La vitre se craquela et de la poussière tomba du plafond. Les grognements des zombies s’interrompirent comme s’ils s’interrogeaient sur l’origine de ce bruit.

— Arrêtez ! hurla Walter. Ça ne sert à rien, ils nous attendent dehors.

Mais Léti l’ignora et donna deux coups supplémentaires. Le verre se craquait, se fendillait, mais résistait. Les enfants s’étaient figés.

Yuko aida Léti qui suait au bout du cinquième coup sur la fenêtre. Ils finirent par établir un passage assez large et peu coupant au bout d’un quart d’heure. Ils se regardèrent tout en reprenant leur souffle. Les bruits de métal n’avaient pas cessé de l’autre côté de l’usine, et Yuko sentait la panique l’envahir. Ils étaient déjà à bout de souffle, épuisés d’avoir couru une bonne partie de la nuit, avec un quart de sandwich dans l’estomac. Les zombies n’étaient jamais fatigués, la faim leur inculquait de la force et ils ne mangeaient que pour calmer cette rage.

Yuko guetta du secours du côté de Walter. Mais ce dernier n’était pas disposé à les aider et leur hurlait des injures.

— La ferme, cracha Léti en reprenant son souffle.

Elle alla chercher son fusil, le cala sur son épaule et lança une œillade mauvaise à Walter.

— Combien sont-ils ?

— Ressaisissez-vous Walt, implora Yuko. Il faut bien essayer de s’enfuir, nous n’avons pas d’autre choix.

Yuko crut qu’il allait lui sauter à la gorge. Au lieu de cela son regard alla de Léti à Yuko puis aux zombies. Ses épaules s’affaissèrent, et il se mit à désigner d’un ton impavide la position des zombies dans les hautes herbes.

— Ils sont sept donc. Vous les voyez ? s’enquit Yuko à l’adresse de Léti.

Son visage était plissé contre la lunette du fusil. Elle finit par esquisser un fin sourire et hocha la tête.

— Quand vous voulez.

Yuko alla chercher l’échelle qui émit un grincement et la cala près du mur. Il échangea un regard décidé avec Léti.

Les premiers coups partirent, déchirant le crâne des zombies. Alertés par le bruit, certains changeaient de position, mais Léti était une chasseuse née. Elle parvint à les suivre sans gaspiller aucune munition. Yuko saluait chaque salve d’un hochement de tête, reprenant peu à peu espoir.

— Je vais préparer notre paquetage, fit Walter dans leur dos.

Ils ne l’entendirent pas sous les coups de fusil. Walter les observa un moment puis lentement, se dirigea vers les deux enfants.

 

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Ecriture et procrastination

Parce qu’il est parfois compliqué de trouver l’inspiration, cela le devient d’autant plus quand des gens vous balancent des liens pour des trucs géniaux qui te scotchent à ton écran.

J’en veux pour preuve ces webcomic que je lis actuellement et qui sont une tuerie graphique et scénaristique :

Pour les fans de Zelda :

-Un webcomic de plus de 200 pages qui déchire ta mère. Y’a plusieurs dessinateurs qui se relaient et je trouve ça assez bien, même si on a vite une nette préférence pour celui qui dessine actuellement : The Legend of Zelda – El Rey

-Un autre assez court car juste commencé mais qui semble très prometteur : The Legend of Zelda – The Demon Road

Webcomic original :

-Ca fait pleurer des yeux tellement c’est beau. Se lit une case à la fois avec parfois des animations magnifiques avec de la jolie musique : Ava’s Demon

Dark Science et plus largement tous les comics de Dresden Codak : c’est magnifique graphiquement, et l’histoire est génial, pleine d’humour et de références.

-Pour changer des webcomics en anglais, voici les BD en français de A cup of Tim qui raconte ses années d’enfance avec brio et belles couleurs : ici.

 

Voilà si j’en ai d’autres qui décoiffent je les posterais ici, et je rechargerai l’article en tête de page.

Mangez des pommes !

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Excusez-moi, j’ai tombé

On continue avec les « empêcheurs de bosser », avec une petite rubrique jeux vidéo.

Les jeux vidéo, c’est la vie, c’est ma seconde passion mais quand t’es isolée à l’autre bout du monde de ta chère PS2, il te reste plus grand chose. Enfin, si je déconne. J’ai ma PSP, mais pas tout le monde a la chance d’en avoir une.

Du coup il reste les jeux PC. Bien que mon premier jeu vidéo fut sur PC, c’est pas un support de jeu que j’apprécie le plus. Les manettes c’est cool, encore mieux quand t’es calée dans ton canapé.

Enfin bref, du coup j’ai pas ma petite PS2 d’amour (en même temps, c’est une FAT, j’allais pas la caser dans ma valise… j’ai eu à faire la choix de Sophie entre mes vêtements et ma console, quelle tragédie).

Des jeux PC donc j’en connais des sympas et je vais en faire une mini-liste ici. Par contre, j’essaierai de faire dans les jeux gratuits donc probablement des jeux rétro ou indé. Parce que le indie c’est la vie (oui aussi).

Iji : déjà tu joues une fille qui en a dans la tête et ça change. Ensuite, selon le nombre d’ennemis que tu tues, l’histoire varie. Perso, j’ai beau faire je me retrouve à massacrer tout le monde… Un bon jeu de plateforme 2D avec un super côté rétro et une histoire qui est pas mal travaillé.

You have to win the game : merci à JV.com de faire des chroniques sur les jeux indépendants. Celui-ci m’a tapé dans l’œil  et je m’en vais le tester dès que j’aurai récupéré un peu de temps libre.

 

Comme pour la chronique sur les webcomics, j’essaierai de compléter le plus souvent possible cet article avec des petites perles de jeux vidéo. Je suis pas une experte mais je joue à ce qui me plaît. Après si vous avez des trucs sympas à me conseiller, hésitez pas à écrire vos suggestions dans les commentaires.

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Nesse (6ème partie)

La faim se calma un temps. Puis Walter se leva brusquement et se mit à parcourir de long en large la pièce, sans jamais pour autant s’approcher trop du bord.

— Voilà pourquoi il ne fallait pas s’arrêter, dit-il en ponctuant chaque mot d’une enjambée furieuse. Maintenant, nous nous trouvons piégés par des zombies. C’est la pire situation qui soit.

Yuko échangea un regard avec Léti. La jeune femme avait connu pire que ça sans doute, pourtant elle paraissait abattue.

— Combien il vous reste de munitions ? demanda Yuko.

— Une quinzaine.

— Il nous reste quatre coups dans le revolver, et vous avez une recharge supplémentaire Walter ?

Le dénommé se contenta de hausser les épaules. Il finit par s’arrêter au milieu de la pièce, se mordillant le pouce et Yuko n’insista pas.

— Ça nous fait vingt-cinq têtes en moins, sachant que…

— Non vingt. Il faut deux coups de revolver pour exploser leur crâne. Sans compter la distance.

Yuko sentit le découragement l’assaillir mais il n’en laissa rien paraître.

— Disons qu’on en descend dix en bas. De quoi les repousser. On passe la cour et ensuite…

Ils le laissèrent parler ainsi pendant cinq bonnes minutes. Yuko se laissa emporter mais il sentit bientôt les regards épuisés de Tya et Léti, celui aux yeux ronds de Link, et celui furieux de Walter.

— Vous êtes bien naïf Yuko, si vous croyez qu’un seul d’entre nous s’en sortira avec ce genre de plan. Vous croyez qu’ils sont combien dehors à nous attendre ?

— C’est dur à admettre mais je suis d’accord avec Walt, enchaîna Léti. On ne peut foncer dans le tas, comme vous dites. Pas avec si peu de munitions et surtout pas avec des enfants.

Yuko vit les yeux de Walter briller de malveillance, mais il se retint de dire quoi ce soit à son grand soulagement. Il se leva et se campa devant la fenêtre.

Ils avaient une échelle à disposition et la fenêtre donnait sur l’extérieur de l’usine. S’ils étaient assez rapides, ils pouvaient courir ensuite dans les hautes herbes sur la droite, en espérant que les zombies seraient trop maladroits pour les suivre bien longtemps.

Yuko avisa le ciel gris et la lumière déclinante. Le soir tomberait dans trois heures. Ils pouvaient passer une nuit à la rigueur ici, en faisant des tours de garde. Ensuite il leur faudrait s’enfuir au petit matin, quand la rosée était encore fraîche. Les morts-vivants craignaient l’humidité, d’après Walter. Léti affirmait qu’elle en avait déjà vu certains traverser des plans d’eau dès qu’ils chassaient une proie.

Yuko secoua la tête et s’éloigna de la fenêtre, longeant le mur jusqu’aux enfants. Oui son plan fonctionnerait, s’il n’y avait pas les deux gamins.

Les grondements doublèrent d’intensité et le cœur de Yuko fit une embardée. Walter était perché au bord du gouffre, le regard perdu. Yuko s’imagina, s’avancer doucement vers lui, poser ses mains à plat sur le dos du jeune homme et pousser.

Non.

— Éloignez-vous du bord Walter, fit Yuko. Ça les provoque ce que vous faites.

Il cligna des yeux, puis tourna la tête vers Yuko. Les deux hommes s’affrontèrent du regard. Walter se précipita vers Yuko si brusquement, que celui-ci se tendit comme un ressort, prêt à se battre.

— Il faut que je vous parle, murmura Walter ignorant la réaction de Yuko.

Furtivement, il jeta un œil en direction des enfants qui somnolaient et de Léti qui les observait avec méfiance.

— On ne peut pas vraiment s’isoler plus que ça, grommela Yuko.

Walter l’attira alors vers le gouffre et tout le corps du jeune homme se figea d’horreur. Ils restèrent tous les deux au bord, sous les regards délavés des morts-vivants.

— Il faut trouver une solution, murmura Walter.

— Je suis d’accord. Je pense que si on attire l’attention des zombies de ce côté, on pourra en profiter pour filer par la fenêtre avec l’échelle.

Il fit une pause et rajouta un ton plus bas :

— Il faudra demander à Léti de sortir en dernier. Elle abattra les plus gros et empêchera certains de quitter la pièce, ce qui nous laissera une longueur d’avance sur le gros de la troupe, pendant que nous deux on descend avec les enfants et on tue ceux qui s’approchent.

Yuko hocha la tête, soudain soulagé de pouvoir mettre ses idées en place.

— Ca peut marcher si on ne panique pas.

Il avait espéré voir l’espoir briller dans les yeux de Walter mais celui-ci le regardait comme s’il était fou.

— Il y en a déjà sous la fenêtre. Vous ne les avez pas vu, qui attendent dans les hautes herbes ?

Yuko sentit la colère monter en lui.

— Non je n’ai pas votre don pour repérer les zombies ! cria-t-il presque. Dans ce cas, vous signalerez la position à Léti, elle les abattra et…

— Et comment comptez-vous ouvrir cette fenêtre ? C’est du verre épais, soudé à la pierre. On peut seulement entrouvrir le panneau du haut, même pas de quoi faire passer les morveux !

Un cri perçant lui répondit. Yuko et Water se tournèrent brusquement vers la horde qui les observait. Un zombie replet, une femme d’après ses cheveux blonds et sa poitrine tombante leur offrait un rictus de toutes ses dents. Il semblait à Yuko qu’elle se moquait d’eux. Sentait-elle leur peur grandir ?

— Il n’y a qu’une solution possible, souffla Walter en se rapprochant de la figure de Yuko. Il faut en sacrifier un.

Les yeux de Walter luisaient, ses pupilles dilatées en deux points noirs.

— Sacrifier un quoi ? répondit Yuko d’une voix lente.

— Un des gamins. Il pourrait servir d’appât. De quoi occuper les zombies pendant qu’on se tire ! Qu’est-ce que vous en pensez ?

Il regarda la horde, puis les enfants.

— Je pensais utiliser le garçon… mais il ne contentera pas les monstres. Alors que la fille est grosse, elle les calmera assez.

— D’accord.

— D’accord pour la fille ou le garçon ?

— Non. D’accord, donnez-moi une bonne raison de pas vous casser la gueule.

Yuko savait se battre. Il avait même combattu un zombie estropié, l’empêchant in-extremis de le mordre et de le contaminer. Mais là, la rage qu’il avait ressentie lors de ce combat était bien différente de la fureur noire qui l’agitait à cet instant.

À sa grande surprise, Walter recouvrit son sourire de renard :

— Parce que vous avez besoin de moi. Peu importe comment, vous n’arriverez pas à traverser cette horde juste vous, votre volonté et Miss tireur d’élite. Il vous faut un troisième qui sache se servir d’un revolver et qui puisse surveiller vos arrières. J’en ai buté du zombie, vous savez. C’est pas par peur que je vous propose ça, mais par esprit de logique. Et vous le savez comme moi, que la seule façon de se sortir d’ici, c’est de sacrifier l’un d’entre nous. La femme est indispensable. Nous sommes deux adultes en pleine possession de leurs moyens. Les enfants nous handicapent.

— Nous ne sacrifierons pas les enfants.

Walter lui sourit encore plus largement :

— Vous n’avez pas dit « nous ne sacrifierons personne ».

Il s’éloigna répétant d’une voix douce :

— Vous le savez comme moi Yuko. Vous le savez.

Walter campait juste sous la fenêtre, les genoux ramenés sous son menton, les yeux fermés. Yuko supposa qu’il dormait.

Il s’était assis à côté de Tya et Link qui jouaient avec l’ours en peluche. Léti lui avait interdit de le faire couiner, de peur d’attiser la rage des zombies et Yuko trouvait le conseil excellent. La jeune femme somnolait, après avoir vérifié l’état de son fusil sniper. Elle n’avait proposé aucune solution de fuite, et Yuko se sentait doucement envahir par le désespoir.

Il rejetait dans son esprit les mots de Walter. Ils tournoyaient dans sa tête, et à chaque fois qu’il y pensait, Yuko se sentait paralysé par une horreur sans nom. Il visualisait la chose, il voyait comment faire.

Non. Pas la bonne solution non plus.

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Nesse (5ème partie)

Nesse rejoignit la horde surexcitée dans le deuxième bâtiment jouxtant la cour. Elle entra dans la pièce, avisant aussitôt l’escalier défoncé et l’étage du dessus. Elle entendait les humains parler d’une voix forte et animée entre eux mais elle ne les comprenait pas. Elle ne pouvait plus comprendre, de même qu’eux n’entendaient que les grognements de ses camarades zombies, bien bavards lorsqu’une proie était à portée.

— Une échelle ! Qu’on aille chercher une échelle !

— Stupide ! La meuf nous descendra avant qu’on puisse pointer le bout du museau.

— Dans ce cas, on défonce le bâtiment, on casse un mur et hop !

— Quelqu’un m’a appelé ?

— On t’a pas parlé Stupide !

— Ah désolé mais Sans-cœur vient de dire « Stupide ». Le minimum que je puisse faire c’est répondre à mon nom.

— J’ai faim, j’ai tellement faim ! Faites-les descendre ! Quelqu’un !

— Qui est partant pour une pyramide humaine ?

— Pour que tu prennes encore les meilleurs morceaux Tribal ? C’est hors de question, je me suis déjà fait avoir une fois…

— Silence.

Nesse n’avait pas haussé la voix. Les zombies ne se retournèrent pas, mais ils se turent aussitôt. Leurs muscles se tendirent sous leurs vêtements dépenaillés. Le plus massif du groupe, Tribal, se détacha et claudiqua vers Nesse.

— Chef, on sait pas comment les attraper et si on attend encore longtemps, ils vont mourir. Vous savez bien comme c’est pas nourrissant la viande morte, Chef. Chef.

— Moi qui me faisait la remarque quelques minutes plus tôt que vous étiez mes meilleurs éléments, grinça Nesse. Vous n’êtes qu’une bande de ramassis affamés.

— C’est que c’est vrai qu’on a faim.

— C’est regrettable mais ça fera pas descendre notre repas plus vite.

Tribal hocha la tête sans rien dire. Il avait été blond autrefois, mais le zombie qui l’avait attaqué lui avait lacéré le visage et le crâne. Sa tête n’était plus qu’un amas de chairs rouges et de cicatrices où brillait son regard bleu pâle. Certains disaient qu’on voyait parfois son cerveau. Tribal était le plus violent de la horde mais guère le plus intelligent. Nesse ne l’aimait pas mais il savait servir de bélier quand la nécessité le voulait, et il faisait peur aux gosses.

Elle se détourna de Tribal et chercha Toyboy. Le jeune homme fluet avisa son regard et se glissa vers elle en souriant d’une oreille à l’autre, un spectacle des plus répugnants sachant qu’une grand-mère mort-vivant lui avait donné un baiser déchirant en pleine bouche.

— Combien sont-ils là-haut ? dit-elle d’une voix rapide.

Toyboy fit la moue ce qui ne se voyait pas tellement vu qu’il était dépourvu de lèvres.

— On en a repéré trois. Une femme adulte, la sniper, un homme qui pue la pisse et le chef de clan.

Il eut une pause puis rajouta en susurrant :

— Clan. Ça le fait comme appellation ? Je suis sûr qu’ils s’appellent comme ça. Je veux dire, nous on s’appelle bien la horde, alors eux…

— Ouais… Tu as capté d’autres voix ?

— La horde est folle, rit Toyboy. Elle fait trop de boucan pour entendre quoi que ce soit. Et bien sincèrement on s’en moque de combien ils sont, du moment qu’on les mange.

— C’est certain, marmonna Nesse que la tendance bavarde de Toyboy fatiguait. Bonne tireuse la femme donc ?

Toyboy se contenta de pointer du doigt leur camarade au crâne défoncé qui gisait au fond de la pièce.

— Je l’ai mis de côté, il gênait mon odorat.

— Régis a toujours dégagé une mauvaise odeur, admit Nesse. Bonne tireuse donc et qui sait comment nous tuer. Intéressant.

— Ouais, et elle sera d’autant plus bonne quand je l’aurai entre mes mâchoires ! ajouta Tribal ce qui déclencha des beuglements de la horde.

Toyboy les foudroya du regard, mais Nesse les laissa grogner.

— Rien d’autre à part ça ? soupira-t-elle.

— Pas qu’on sache. Ah si, s’amusa Toyboy, la horde a très faim.

— Je ne m’en étais pas aperçue. Comment se fait-il qu’ils se soient signalés à vous ? On serait passé complètement à côté sinon.

— Pour ça, faut remercier Paulette. C’est elle qui a trouvé la peluche.

Alors que Toyboy résumait la situation, Nesse observait les autres qui fouillaient la pièce à la recherche d’un objet pour monter dessus. Elle songea qu’il leur faudrait détruire le mur pour faire passer une des machines dans l’entrepôt afin que la horde se hisse dessus. Tout en échappant aux tirs de la sniper. Non rien à faire, il fallait d’abord s’occuper de cette bonne femme.

— Désigne-moi cinq zombies pour ramener le plus d’objets possibles. Des pierres, des bouts de bois, n’importe quoi qui passe la porte et que vous puissiez lancer dès que la femme pointera la tête.

Toyboy obéit, fendit la foule et attrapa cinq camarades qu’il entraîna vers la porte en leur gueulant dessus. Toujours efficace son lieutenant.

— Mets Tribal et quatre autres baraqués sur une des machines dans l’entrepôt et demande-leur d’arracher des morceaux de tôle. On va essayer de s’en servir pour grimper dessus.

Tribal avait cependant entendu et repoussa Toyboy d’une main dédaigneuse.

— C’est même pas la peine ! Je quitte pas ces salauds, je veux les bouffer !

Nesse fit un pas en avant, montrant doucement les crocs. Elle fut glacée de voir que Tribal mit une demi-seconde de trop pour reculer et obéir. Les autres morts-vivants suivirent sans protester, mais Nesse sentait leur faim grandir à chaque minute. Elle contempla en silence l’étage.

Quelque chose clochait. Quelque chose qui l’empêchait de réfléchir correctement, d’agir comme un chef zombie se doit d’agir.

— Peut-être faudrait-il quadriller le bâtiment voir s’il n’y a pas d’autres passages, lança Toyboy.

Nesse hocha la tête mais parla avant que Toyboy se propose.

— Je m’en charge. Va en poster quelques-uns sous la fenêtre, il s’agirait pas qu’ils s’enfuient par là.

Elle quitta la pièce sans plus tarder, traversa la petite cour. Elle jeta un œil dans l’entrepôt, constatant froidement que Tribal et les autres s’étaient mis au travail malgré tout. Les bruits de métal frappé résonnèrent dans toute l’usine et nul doute que cela devait jouer sur les nerfs des humains.

Nesse fit le tour de l’usine par l’extérieur. Elle renvoya à Toyboy ceux qu’elles croisaient et qui erraient affamés. Certains manquèrent à l’ordre à deux reprises et elle leur trancha la tête sans plus attendre. Nesse était furieuse, pour une raison qu’elle ignorait complètement.

Elle traversa les restes envahis de hautes herbes d’un petit jardin jadis entretenu et qui donnait juste sous la fenêtre où campaient les humains. Elle progressa ainsi, jusqu’à perdre de vue le mur de béton, les herbes étant aussi hautes qu’elle, les arbres se touchant au dessus d’elle. Nesse goûta l’air, sensible aux odeurs de sang. Elle captait celle forte d’un renard blessé à quelques pas, et une autre, légère et ancienne. Nesse écarta les herbes, arracha à pleines mains les ronces et les orties qui lui chatouillaient les joues, sans ressentir aucune douleur. Elle finit alors par buter contre un cabanon en bois, jouxtant le mur du bâtiment. L’odeur venait de l’intérieur de la cabane. Nesse força la porte qui craqua sous sa poigne. Une obscurité de pois l’accueillit, accompagnée d’une odeur de vieille chaire pourrie. Une cabane de chasseurs. Nesse avisa dans l’obscurité les taches légèrement rouges sur les peaux d’animaux, le sang sur les murs et les outils de découpage. Pas d’armes. Dommage. Elle prit un petit escabeau, le tira dehors et le cala contre la cabane.

Nesse se hissa sur le toit de celle-ci, naturellement mal à l’aise quand elle se trouvait en hauteur. Elle n’était pas sujette au vertige, mais les zombies n’aimaient pas trop la hauteur. Ce qui justifiait leur incapacité à sauter bien haut, excepté selon certaines circonstances.

Le murmure d’une conversation. Nesse se figea et plaqua son oreille contre le mur en béton. Elle n’entendit rien. Elle secoua la tête et se concentra, pour finir par comprendre que le bruit venait d’un point au niveau du toit de la cabane et du mur. Celle-ci avait été fixée contre le fronton du bâtiment à l’aide de gros clous. La rouille et le temps avait d’ailleurs creusé la pierre laissant alors entrevoir ce qu’il se passait de l’autre côté.

Et l’autre côté c’était le repaire des humains. Leur odeur frappa Nesse en pleine figure qui manqua de planter ses crocs dans la pierre. Elle ne s’était pas rendue compte de sa faim cannibale jusqu’à maintenant. Presque allongée sur le toit du cabanon, elle goûtait avec délice du bout de la langue l’odeur de la chair fraîche.

Elle se ressaisit brusquement. Les humains discutaient toujours d’une voix vive. Nesse avait déjà essayé de les comprendre, de s’efforcer de se souvenir de la langue humaine, mais son cerveau ne pouvait plus l’assimiler. Elle calcula qu’il y avait bien vingt centimètres de mur entre elle et les humains. Rien qu’un bon coup de poing de Tribal ne puisse ébranler. Ils n’auraient aucun moyen de se défendre alors, pris par surprise. La victoire sautilla dans l’estomac de Nesse, hurlant de joie de ce prochain repas.

Nesse ne pouvait comprendre les voix, mais elle distinguait leur sonorité. Et c’est là qu’elle l’entendit. Le son doux, aigue, juvénile d’une voix d’enfant.

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Nesse (3ème partie)

Ce fut Walter qui calma la situation, à la grande surprise de Yuko. Il saisit d’une main tremblante l’ours en peluche et sortit sa gourde de son sac à dos. Yuko l’observa avec fascination, incapable de l’empêcher, de lui hurler que c’était du gaspillage. Walter nettoya avec un soin presque maniaque l’ours en peluche. Le sang était encore frais et n’avait pas trop adhéré aux poils longs de la peluche. Il l’essora, le secoua ce qui projeta une gerbe d’eau sur son visage.

— Tiens, dit-il en se levant et en calant l’ours humide dans les mains de Link.

Les pleurs du petit s’atténuèrent, jusqu’à devenir des hoquets silencieux. Tya essuya ses propres larmes, fit un signe de tête sec à l’adresse de Walter, la mâchoire en avant, les lèvres tremblotantes. Walter hocha la tête et resta là, pantelant, observant les deux petits.

Yuko se leva à son tour. Il posa une main furtive sur l’épaule de Walter et se dirigea vers Léti et le gouffre d’où montaient les grognements. Peu importe maintenant qu’il soit vu. Lui, voulait les voir.

La horde lui présenta un visage qu’il avait cent fois aperçu auparavant. Ils étaient une douzaine, des adultes pour la majorité. La peau était livide, le regard pâle et vitreux, la gueule découverte sur des dents striées de boue et de sang. Certains avaient les membres en piteux état, parfois juste un moignon pour le bras, mais tous avaient leurs jambes sur lesquels ils se tenaient bien droits. Leurs pieds par contre, formaient pour certains un angle étrange, ce qui leur donnait des allures de pantins désarticulés. Le sang avait séché en plaque grasse et noire sur leurs vêtements déchiquetés, laissant apparaître une peau où une paire de mâchoires ou des griffes avaient arraché un morceau. Les femmes présentaient une chevelure emmêlée, parsemées de ronces et de feuilles. Les corps les plus trapus se tenaient contre l’ancien escalier de fer comme s’ils sentaient que c’était là qu’ils pouvaient atteindre l’étage.

Yuko les contempla un par un, fasciné et terrifié. Leur grondement s’était légèrement atténué, comme s’ils pressentaient qu’ils tenaient là le chef du groupe et qu’ils se feraient une joie de le mettre en pièces. Yuko les avait vus faire, il savait qu’ils ne perdaient pas une miette quand ils avaient faim. Les mâchoires pendantes, les grognements reprirent comme un ronronnement de moteur et le jeune homme sut qu’ils mourraient de faim.

Ils s’agitèrent, tandis que ceux du fond (les plus intelligents de toute évidence) se remettaient à parcourir la pièce mais avec des mouvements de plus en plus saccadés. Leur impatience allait en grandissant et Yuko sut qu’il les avait suffisamment provoqués.

Il força Léti à se relever. La jeune femme gémit légèrement d’être restée trop longtemps allongée. Ils reculèrent sans quitter les regards pâles et se terrèrent au fond de la pièce.

Yuko fit asseoir Walter à droite de Tya, Léti à gauche. Il s’installa lui-même en face d’eux, ouvrit son sac et distribua la nourriture tout en parlant :

— Mangeons d’abord. On court depuis ce matin, il faut se restaurer et réfléchir ensuite.

Ils ne protestèrent pas mais aucun n’eut le cœur à discuter. Yuko ne pouvait leur en vouloir, car désormais chacune de ses bouchées était accompagnée du marmonnement des monstres. Il fit passer la nourriture avec une lampée d’eau, songea qu’il ne leur en restait désormais que pour deux jours, et se mit à réfléchir.

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Nesse (2ème partie)

Walter craqua le premier. Sa fascination pour les zombies le conduisit à ramper à quatre pattes jusqu’à la fenêtre et à se hisser très légèrement sur ses talons. Yuko dévisageait son profil sombre, frissonnant lorsque ses yeux brillèrent d’excitation. Yuko hésita à poser lui une question. Walter le répugnait, lui et son admiration presque maladive des morts-vivants.

— Que voyez-vous ? chuchota-t-il.

Un éclair furieux. Léti tourna un œil mauvais vers Yuko, mais celui-ci fit mine de l’ignorer.

— Ils sont proches ?

— Oh, trembla la voix de Walter, vous n’avez pas idée. Ils sont en formation lente, ils fouillent le moindre recoin, la moindre voiture renversée.

Yuko savait qu’il aurait dû le faire taire. Link venait de laisser échapper un petit gémissement, et le front de Tya se couvrait de sueur.

— C’est une bande intelligente, à n’en pas douter. Nous savons que les zombies peuvent courir plus vite qu’un homme, mais ceux-là ne se pressent pas. Ce n’était peut-être pas une si bonne idée de se planquer ici… Ils finiront par nous trouver.

— Si vous continuez à parler, c’est probable, gronda Léti.

Walter eut un mouvement d’épaule agacé. Si cela ne tenait qu’à lui, il aurait abandonné les enfants depuis le début. Il avait été très clair dès le départ, et cela avait déplu à Léti qui le détestait cordialement. Yuko n’aimait pas cette situation, car si Léti se sacrifierait avant qu’aucun zombie ne mette la main sur l’un de leur groupe, il savait que Walter n’aurait aucun scrupule. La seule chose qui le faisait rester avec eux était les talents de tireuse de Léti et parce que Yuko avait des capacités de décision qui leur avait sauvé la vie. Mais le jeune homme savait la corde tendue, et il craignait que le fait de s’être réfugiés dans cette usine, sans sortie de secours et avec peu de provisions, ne signe la fin de leur groupe.

Walter obéit à Léti et se tut, restant à observer l’extérieur. Il finit par revenir par s’assoir et murmura à l’adresse de Yuko.

— Ils vont entrer dans l’usine.

Au début, ils n’entendirent rien d’autre que leur respiration. Un froissement de métal brisa alors l’atmosphère, suivis par des coups sourds et encore lointains. Yuko se demandait quelle odeur les zombies avaient senti sur les anciennes presses à papier, et il visualisa avec horreur leur déplacement lent mais calculé. Walter lui avait assuré que les monstres pouvaient être aussi rapides qu’un cheval au galop, mais Yuko n’avait jamais été témoin d’une telle prouesse. Il ne pouvait qu’imaginer de quel genre de capacités les zombies étaient doués, et il n’aimait pas ça. Il se sentit atrocement vulnérable, sur ce petit îlot dans les airs. Très peu de vivres, de l’eau pour trois jours maximum, une pièce à peine à l’abri des intempéries. Il avisa le toit en béton, s’effritant par endroits, laissant apparaître d’énormes tâches d’humidité suintantes.

Un craquement sonore. Cette fois, ils sursautèrent tous et Yuko surprit Tya plaquer une main sur la bouche de Link. Bon réflexe cette petite. Il reporta son regard sur la figure tendue de Léti. Elle était la seule à avoir une vue sur la partie basse, aussi immobile qu’une statue. Yuko se surprit en cet instant à lui faire une confiance absolue, convaincu qu’elle serait la seule à les sortir de ce piège.

Car c’était bien un piège dans lequel ils étaient tombés. Yuko ne pouvait l’admettre à voix haute, mais il le sentait. Il avisa un regard furtif de Léti. Elle aussi savait, et comme une prière cette fois, lui intimait de ne rien dire.

Yuko respira doucement pour calmer les battements frénétiques de son cœur. Il fixa la lame de sa machette, piquetée de taches de sang séché.

Ils ne cherchaient pas à être discrets. Yuko les entendit défoncer les portes, les armoires, briser les bureaux. Il sentait Walter trembler à ses côtés. Il souriait. Yuko comprit que cette horde était intelligente, suffisamment pour chercher le moindre endroit où un humain pourrait se cacher. Elle ne chassait pas grâce à son odorat ou à sa vue, c’était inutile car elle avait flairé leur piste depuis longtemps. La horde vérifiait juste qu’aucun petit malin n’avait eu l’idée de trouver un refuge inespéré.

Yuko serra les dents en entendant soudain leur pas traînant. Ils étaient dans la cour. Il les voyait, de leur démarche nerveuse, défoncer les caisses d’acier, retourner chaque recoin, gratter le sol à la recherche d’une trappe.

Le bruit des frottements de pieds se fit proche. Yuko n’avait même pas cherché à fermer la porte derrière lui, la laissant légèrement entrouverte. Le grincement qui suivit fit plaquer les mains de Walter sur sa bouche. Le jeune homme tremblait de terreur, mais ses yeux continuaient à briller de cette folie maladive, comme un enfant excité par une partie de cache-cache.

Le visage de Léti avait à peine bronché. Son doigt était replié sur la gâchette, tout son corps tendu, de sorte que le coup puisse partir sans une seconde de répit.

Les pas entrèrent dans la pièce, suivis par d’autre. Yuko ne perçut aucun grognement, ce qui le rassura. De ce qu’il savait, les morts-vivants ne produisaient leur affreux borborygme que lorsqu’ils avaient déniché un humain. Ce silence le confortait et lui mettait les nerfs en pelote en même temps. Il avisa du coin de l’œil les deux enfants et la panique s’empara doucement de lui. Link pleurait.  De grosses larmes roulaient sur ses yeux, ses narines se dilataient et se tendaient, la main potelet de Tya toujours plaquée contre sa bouche. La petite sentit les larmes couler sur ses doigts et avisa la terreur de Link. Son regard effrayé se porta d’abord sur sa maitresse d’école, puis sur Yuko. Celui-ci secoua doucement la tête, incapable de faire le moindre geste, même lever un bras rassurant sur Link. Il porta juste un doigt à ses lèvres, geste inutile il le savait. Les deux enfants étaient éduqués à se taire désormais, pourtant la panique du petit était naturelle.

Tya se contenta de le serrer un peu plus contre elle, avant de plaquer un baiser silencieux sur les cheveux soyeux du gamin. Yuko essaya de capter le regard de Link pour lui intimer de la force. Cela sembla fonctionner, car aucun grognement ne se fit entendre en bas, les glissements de pas continuant tout le long de la pièce en dessous d’eux.

Yuko reprenait espoir quand un étau lui serra le bras. Walter le lui broyait de ses mains, son regard luisant de panique et d’une folie furieuse. Il colla presque sa bouche à l’oreille de Yuko et chuchota :

— Ils vont faire le tour de la pièce, mais… mais ils ne partiront pas. Vous savez pourquoi ? Hein, non vous ne savez pas ?

— Fermez-la, murmura Yuko entre ses dents. Au nom du ciel, taisez-vous.

— Ils savent. Ils voient l’étage, ils savent qu’ils ne peuvent pas y accéder, alors ils vont vérifier. D’une manière ou d’une autre, ils vont chercher à savoir s’il y a quelqu’un là-haut.

Léti n’avait pas bougé, c’est à peine si elle clignait des yeux. Malgré lui, Yuko s’imaginait les zombies fixant leur regard vitreux sur l’étage du dessus. Leur vision était plus que mauvaise, et se basait sur le mouvement et la présence de sang. Léti était suffisamment intelligente pour avoir repéré l’angle où les zombies ne la verraient jamais, mais s’il venait à l’un l’idée de grimper sur quelque chose, voir de former une pyramide de zombies, comme Yuko avait parfois été témoin, alors c’en était fini.

Les frottements en bas continuaient. Walter n’avait pas lâché le bras de Yuko et celui-ci était trop concentré sur les sons pour se soucier de la douleur.

Et puis, il y eut un couinement long et sonore.

Un jouet. Le bruit d’un jouet sur lequel on marche.

Yuko et Walter tournèrent d’un seul mouvement la tête vers les enfants. L’œil de Léti fit un bref écart, regarda Link, ses mains et l’absence manifeste de son ours en peluche.

Yuko comprit les pleurs du gamin et il y eut un flottement dans l’air alors que tous observaient l’enfant, s’attendant presque à le voir exploser. Mais il resta immobile, les yeux grands ouverts sur ce son familier. Tya hocha la tête vers Yuko, comme pour signifier qu’il n’y aurait pas de crise. Ce fut au moment où le jeune homme détournait le regard qu’il le vit. L’ours en peluche jaillit et vint s’écraser dans un couinement étouffé entre ses pieds. Link et Tya hurlèrent. Léti laissa échapper un coup de fusil, il y eut un bruit de crâne broyé.

Les grognements montèrent. Yuko perçut le claquement des mâchoires, les pas se réunissant au niveau de l’escalier démoli, écrasant le fer brisé et crachant, grondant comme des bêtes sauvages.

Léti avait encore le doigt appuyé sur la gâchette. Elle se mordait les lèvres et Yuko voyait ses yeux parcourir la horde en dessous d’elle. Le jeune homme aurait voulu lui dire de revenir, de s’assoir à côté. Son désir en fait était qu’elle calme les enfants qui cette fois pleuraient à chaudes larmes, et parce que lui-même ne pouvait quitter du regard l’ours en peluche où une main poisseuse de sang y avait laissé une marque distincte.

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