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Nesse (Chapitres)

NESSE

Ahoy les… enfin euh si y’a encore des gens qui viennent par ici.

Ça prend du temps et beaucoup de motivation l’écriture. Dans le cas, de Nesse ça m’a pris deux jours et 29 pages Word.

Il s’agit donc d’une nouvelle finie et tout, et pour la faire courte ça parle de zombies. Ouais ouais des zombies, pas comme si on en voyait partout en ce moment, mais bon cette histoire traîne dans la tête depuis 2 ans maintenant et j’ai jamais trouvé comment l’aborder. J’ai maintes fois essayé, écrivant des pages et des pages pour me rendre compte que c’était chiant à crever.

Cette nouvelle ne représente donc qu’un court passage de l’histoire de Nesse. Peut-être qu’il y en aura d’autres, et peut-être qu’à la fin j’aurai le courage de réunir ça ensemble, qui sait.

Assez de parlottes. Bonne lecture à vous, y’a pas trop de sang (mais il en faut quand même, on parle de zombies après tout).

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

Chapitre 7

Chapitre 8

Chapitre 9

Chapitre 10

Chapitre 11 (Fin)

 

Merci à Maud pour le dessin, magnifique représentation de Nesse.

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Nesse (11ème partie – FIN)

La double lame fila et vint se planter pile dans le dos de Tribal. Sa colonne vertébrale fut brisée nette, et celui-ci manqua perdre pied. La lame était figée dans la pierre, et le monstre se démena pour s’en dégager. Il reconnut la béquille mortelle de son chef de horde et sa colère tripla.

Le zombie sentit des gouttes de sang frais sur son visage. L’humain qu’il tenait toujours par le bras, se déchirait les mains sur la fenêtre pour se dégager de sa poigne. Tribal ouvrit grand la gueule, et se hissa le plus haut qu’il puisse. La lame dans son dos le bloqua, puis déchira son corps à la verticale. Mais la douleur, il n’en avait cure.

Tribal attira le visage de l’humain terrifié vers lui. Il lui souffla son haleine de mort au visage et planta ses dents dans son cou offert. Le sang chaud gicla dans sa gorge avec délice et Tribal jouit de son contact glissant dans son corps. Il n’entendit pas le déclic, ni la pointe froide du revolver contre sa tempe. La balle lui transperça le crâne de part en part. La tête du monstre couturée de cicatrices cracha des jets de poussière et de sang, celui de Yuko.

Tya n’avait pas crié en tirant. Elle s’était accrochée au rebord de la fenêtre comme Yuko, s’écorchant le ventre et déchirant sa chemise. Elle n’avait ressenti qu’un dégoût froid lorsqu’elle avait vu de très près le crâne en lambeaux du monstre.

Elle n’avait pas hésité.

 

Le corps de Tribal resta suspendu un moment dans les airs, puis la lame craqua et il s’écroula sur ses camarades qui achevaient les restes de la femme. Tous avisèrent la béquille dans son dos, et tous se tournèrent vers Nesse.

Toyboy fut le premier à hurler.

Ils se jetèrent sur elle. Repus, les zombies étaient plus patauds mais plus résistants aux attaques.

Nesse cependant n’était plus en mesure de tenir bien longtemps face à sa folie meurtrière. Elle avisa le gâchis, la femme démembrée, l’homme en sang à la fenêtre, et les deux têtes horrifiées des enfants.

Elle n’aurait pas besoin de son arme.

Nesse attrapa à pleines mains la tête du premier zombie qui fut sur elle et le fracassa dans un bruit sourd contre le sol. Elle en mordit un autre dans le cou et lui brisa les vertèbres. Elle se servit de son corps encore conscient mais paralysé pour frapper les autres. Le sang des morts-vivants giclait en salves épaisses et lui bouchait la vue. Nesse se laissait déborder par sa haine pour arracher les membres à sa portée, lancer ses pieds dans les genoux et briser les os de ses camarades. Aucun ne reculait, les morts-vivants étaient lancés dans leurs attaques meurtrières. Ils la mordirent à maintes reprises mais aucun coup ne la blessa suffisamment pour l’empêcher de combattre. Une longue estafilade lui barrait le bras, sa veste était déchirée au niveau du ventre, et son pantalon partait en lambeaux. Mais chaque coup porté à sa personne signifiait la fin d’une existence. Nesse arrachait des crânes à mains nues, se frayant un chemin dans cette masse grognante.

Des bras décharnés lui serrèrent le cou et un poids sur son dos la déséquilibra. Nesse tomba à genoux et les dents de Toyboy se plantèrent dans la blessure à la nuque qui avait fait d’elle un zombie. Toyboy y resta accroché comme une tique, alors même que Nesse lui brisait les bras, arrachait des plaques entières de peaux en lui labourant le crâne de coups de griffes. Toyboy ne lâchait pas prise, son corps réduit à un tronc sans bras, ni jambes, la tête pelé comme un oignon, ses yeux explosés au fond de ses globes.

Nesse finit par tirer de toutes ses forces sur la mâchoire du monstre. Celle-ci émit un craquement sonore, et elle flanqua à terre le corps gigotant de Toyboy. Elle hurla de fureur et écrasa le crâne sous son pied.

Le silence tomba, entrecoupé de geignements et de sanglots. Des morts-vivants de la horde de Nesse, il ne restait que des corps en charpie qui achèveraient de pourrir dans la soirée. Nesse vérifia d’un coup d’œil que tous les crânes étaient fracassés, qu’aucun morceau de zombie ne se cachait sous le corps d’un camarade. Elle finit par tâter sa blessure au cou, constatant qu’un bon lambeau avait été arraché par les mâchoires de Toyboy.

Un sanglot plus fort attira son attention et elle leva la tête. À la fenêtre, l’humain n’avait pas bougé, se vidant peu à peu de son sang. Il gémissait et semblait faire résistance aux deux enfants qui cherchaient à le ramener à l’intérieur. Nesse s’approcha. Un voile blanc commençait doucement à se poser sur les yeux de Yuko.

 

— Tya… arrête. C’est inutile, murmura Yuko.

La douleur le rendait aveugle. Une aiguille chauffé à blanc lui transperçait les yeux et pénétrait doucement dans son cerveau. Il aurait voulu hurler, mais le souffle lui manquait. Il se sentit attiré par l’idée de dormir et d’oublier, de plonger dans un puits sans fond pour oublier la douleur, mais Yuko savait ce qui l’attendait.

— Il faut te soigner ! gémissait Tya en tirant sur la veste du jeune homme. Tu saignes de partout, il faut…

Link l’imitait mais son horreur était telle qu’il ne parvenait pas à dire le moindre mot. Il finit par s’arrêter et à observer Yuko, les yeux ronds.

— Il va falloir, marmonna Yuko en reprenant son souffle à chaque mot. M’aider.

— Qu’est-ce que je peux faire ? cria Tya.

— Je n’ai plus. La force. Il va falloir… me pousser.

Tya ne répondit pas de suite. Yuko sentait sa présence, petite fille plus courageuse que lui. Mais il sentait aussi autre chose, un besoin, une envie de…

— Non, murmura-t-elle.

— C’est en train d’arriver. Tu dois me pousser. Je ne peux pas le faire, je ne maîtrise plus mon corps.

Il avala sa salive qui avait un goût de sang. Du sang…

— Vite. Fais-le ou… ça va arriver. Je ne pourrais plus rien faire.

Tya ne pouvait s’y résoudre. Un grognement strident la fit baisser les yeux par la fenêtre. Elle ne voyait plus le corps de Léti, disparu sous l’amas de chairs pourries et du massacre des zombies, et posa son regard sur la fille aux cheveux courts. Elle grogna à nouveau et montra d’un doigt couvert de sang le corps de Yuko.

— Je t’en prie…

Yuko se tut. À la place son corps fut parcouru de frissons et il se mit à gémir de plus en plus fort.

Tya prit sa décision.

— Aide-moi, dit-elle à Link.

Elle ne pouvait pas assumer cette tâche seule. Le garçon parut comprendre aussitôt.

Leurs mains soulevèrent les jambes de Yuko. Ils soufflèrent, poussèrent. Yuko s’agitait, Tya vit sa main tenter d’accrocher le rebord de la fenêtre, et elle poussa encore plus fort.

Yuko bascula, rebondit sur le mur et s’écrasa mollement sur les corps des morts-vivants, juste à côté de celui de Tribal.

Nesse regarda les enfants et hocha la tête. Elle s’approcha, retira son arme du corps de Tribal. Une main la saisit faiblement et elle tourna son regard vers celui de Yuko.

Ses yeux avaient gardé la teinte grise qu’ils avaient avant. Il crachait encore du sang, et sa blessure au cou suintait d’un épais liquide noir.

Il parla, d’une voix que Nesse interpréta à moitié et elle comprit qu’il résistait de toutes ses forces à la transformation.

— Tuez… Tuez…

Le « moi » était en langue humaine. Nesse savait qu’un zombie ne pouvait souhaiter sa propre mort. Il pointa d’un doigt tremblant la lame de Nesse, puis lui, et grogna, hurla.

— TUEZ !

Nesse posa son arme doucement sur la plaie de Yuko. Ils se fixèrent, Yuko luttait contre ses grognements bestiaux et il ne lui faudrait qu’une poignée de secondes pour réagir et se défendre.

Nesse abattit sa lame.

 

Les enfants ne dirent pas un mot. Link sanglotait en silence, mais Tya pensait que c’était mieux ainsi. Elle n’aimait pas l’idée que Yuko devienne comme leurs ennemis.

La fille aux cheveux courts s’éloigna sans les regarder. Elle les avait défendus. Ils étaient seuls, mais elle les avait défendus. Petit Link était encore trop jeune pour comprendre, mais Tya s’attacherait à toujours lui rappeler qu’un jour, un zombie avait tué d’une rage sans limite pour eux.

— Merci ! cria-t-elle dans le soir tombant.

Nesse s’arrêta. Elle resta un moment immobile, humant l’air nocturne avec délice, sa faim partiellement calmée. Elle poussa un soupir, essuya le sang sur sa figure et s’évanouit dans les bois.

Fin

 

 

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Merci à tous d’avoir lu !

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Nesse (10ème partie)

La horde s’arrêta au sommet de la colline, tandis que Nesse inspectait les rangs et grognait à ceux qui protestaient. Toyboy ne marchait pas à ses côtés. Lui, Tribal et un groupe non négligeable de morts-vivants traînaient à l’arrière en se parlant à voix basse.

— Dans les rangs bande de tire-au-flancs, feula Nesse. Les autres sont à des heures de marche.

— Chef, fit Toyboy.

Nesse était à deux doigts de craquer. Sa faim la talonnait plus que jamais et l’odeur de l’humain était sur chaque zombie de sa horde.

— Quoi encore ? On se casse j’ai dit.

— On se disait, chef, c’est quand même dommage. C’est du gaspillage ce qu’on fait là.

— Au contraire, ironisa Nesse, on laisse un mâle et une femelle adulte en vie. Ils se reproduiront et nous feront encore plus de viande pour nous.

L’idée parut plaire à Tribal mais Toyboy était bien plus malin que ça.

— Sauf s’ils rejoignent une colonie d’humains où ils apprennent à nous combattre. La femme a tué un tiers de notre groupe. Je trouve ça plutôt dangereux pour notre espèce de la laisser en liberté comme ça.

Les morts-vivants grognèrent d’approbation. Notre espèce. Nesse en aurait éclaté de rire si la situation avait été amusante.

— On devrait attendre planquer autour de l’usine et les choper quand ils…

— Il va faire nuit, soupira Nesse, ils ne partiront qu’au petit matin. C’est inutile d’attendre aussi longtemps alors que le reste de la horde s’éloigne de plus en plus de nous.

— Dans ce cas, avança un autre mort-vivant, on pourrait grimper sur les pièces de machines comme prévu et…

— Inutile, le coupa Toyboy. Ça ne marchera pas, ce n’était qu’une distraction pour occuper nos troupes. N’est-ce pas, chef ?

Nesse se hérissa. La situation s’envenimait, et plus les zombies restaient à écouter Toyboy plus ils seraient nombreux à se ranger de son côté. Nesse devait engager la marche dans la forêt afin de les éloigner au plus vite de l’odeur des humains qui les rendaient instables.

— Serais-tu en train de mettre en doute mes ordres ? susurra Nesse en serrant le poing sur sa double lame.

— Ma foi, ça se pourrait bien, gronda Toyboy.

Toyboy n’était pas bien fort au combat, aussi tourna-t-il la tête vers les zombies récalcitrants mais aucun n’avait fait un pas pour l’aider.

— Tribal ? grinça Toyboy entre ses dents.

Mais Tribal n’écoutait plus. La tête tournée vers l’usine, il fixait de ses yeux délavés la fenêtre brisée où une silhouette les observait. Un filet de bave et de sang coulait des mâchoires du zombie et sans crier gare, il poussa un hurlement guttural et bondit en avant.

Yuko vit comme un éclair blanc le regard du monstre se tourner vers lui. Il s’interrogeait sur les raisons de la troupe qui s’était arrêtée au sommet de la colline, inquiet à l’idée qu’ils puissent faire demi-tour. Son attention était surtout sur la petite silhouette de la fille aux cheveux courts et qui semblait être la chef du troupeau. Yuko en ressentait un malaise grandissant à voir cette fille, qu’on n’aurait pu prendre pour une humaine un peu amochée de dos, au milieu de ces monstres.

Il poussa un cri lorsque le géant mort-vivant, celui au crâne parcouru de grosses cicatrices, se mit à courir en hurlant dans sa direction. Yuko sentit Léti apparaître à ses côtés, épauler son fusil et tirer. La balle transperça l’épaule du zombie. Léti grogna, recommença, mais le monstre était plus rapide que la normale, filant ventre à terre jusqu’au mur.

Yuko aurait dû la retenir. Léti se pencha par la fenêtre, visant le zombie qui se préparait à sauter. Le coup partit, déchira l’œil du monstre, mais ne le tua pas.

Le monstre bondit. Ses ongles accrochèrent la pierre, ses pieds se calèrent dans les imperfections du béton. Il lança son poing droit et le referma sur la gueule du fusil. Léti n’eut pas le temps de réagir alors que le hurlement de Yuko se coinçait dans sa gorge.

Le zombie tira, et le fusil et Léti passèrent par-dessus bord.

— NON !

Yuko tendit la main. Ses doigts touchèrent la botte de Léti mais ne purent s’y accrocher. Il la vit basculer sur le dos du zombie et s’écraser mollement sur le sol.

Une poigne d’acier se referma sur le bras tendu de Yuko et il se sentit partir en avant. Le zombie, les globes oculaires suintant de sang, l’avait attrapé et tentait de le faire tomber à son tour. Yuko grogna, s’accrochait aux rebords coupants de la fenêtre mais la force du monstre aurait bientôt raison de lui.

Il sentit alors des petites griffes s’agripper à son dos et ses jambes. Les enfants pleuraient et criaient à la fois, le retenant de toute leur force.

Yuko aurait voulu leur dire quelque chose, mais toute son attention était focalisée sur le corps de Léti en bas. La jeune femme reprenait son souffle et se relevait péniblement. Yuko n’avait pas besoin de lui crier, elle savait qu’elle était foutue.

La horde avait suivi Tribal dès lors qu’ils l’avaient vu s’accrocher au mur comme une horrible araignée. Ils caracolèrent en grognant sur le parking envahi de hautes herbes et encerclèrent l’humaine.

Léti tenait difficilement sur ses jambes. Elle abattit ceux qui venaient vers elle, concentrée uniquement sur sa survie, au point d’en oublier le monstre qui l’avait fait tomber et qui s’attaquerait prochainement aux enfants.

Les enfants.

Il était hélas trop tard. Elle n’avait plus de munitions. Léti se campa sur ses jambes, brandissant le fusil comme un gourdin et attendit la horde qui n’était plus qu’à quelques mètres. Elle leva juste la tête pour voir Yuko aux prises avec le zombie géant, et entendit le cri des enfants.

Au moment où la horde fut sur elle, elle se mit à crier :

— Le revolver !

Létit se battit alors. Elle fracassa le crâne des zombies les plus proches qui sautillaient autour d’elle, comme une bande chats jouant avec leur proie. Léti frappa de toutes ses forces, tournoya sur elle-même, hurla sous la douleur dans ses jambes, et sentit soudain la morsure. Dans le ventre, puis la cuisse, les mollets, les bras. Elle se débattit, réussit à se libérer d’une mâchoire, écarta un poing massif qui s’écrasait sur son visage.

Les zombies ne la mordirent pas de suite à la jugulaire. Ils l’attaquèrent de toute part, avant de la dévorer vivante. Les hurlements de Léti  résonnèrent longtemps dans cette fin d’après-midi.

Le dernier son qu’elle entendit, écrasée sous les carcasses puantes des monstres fut celui d’un sifflement dans les airs et du grognement furieux du monstre géant.

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Nesse (9ème partie)

— Vous croyez qu’ils sont partis ? murmura Tya.

— A votre avis, fit Yuko, combien de temps doit-on attendre avant de se risquer à reprendre la route ?

Léti ne répondit pas tout de suite. Elle berçait doucement Link contre elle, lui susurrant des paroles rassurantes. Son regard demeurait froid et calculateur, et Yuko ne se remettait toujours pas de la rapidité avec laquelle elle avait réagi. Une heure plus tôt il lui restait quinze balles dans son fusil. Sept avaient servi à abattre les morts-vivants, et une pour la tête au catogan de Walter.

Yuko se dit qu’il n’aurait jamais réagi aussi promptement à sa place.

— On va attendre le matin, lança-t-elle. Il fait trop tard pour voyager de nuit.

— Je veux partir, murmura le petit Link. Je peux marcher.

Tya lui assura la même chose d’un hochement de tête vigoureux. Yuko et Léti échangèrent un regard amusé. Ils restèrent longtemps à se regarder ainsi, et Yuko en ressentit une bouffée de sentiments qu’il ne pensait plus ressentir un jour.

Ils avaient survécu. Les jours suivants seraient sans doute durs à affronter, mais ils avaient survécu et ils étaient ensemble.

Léti retira la main de la tête de Link et la pressa doucement sur le bras de Yuko.

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Nesse (8ème partie)

Elle flottait. Comme dans un rêve.

Nesse retraversa l’entrepôt. Le vacarme que faisaient les zombies en détachant les pièces de métal la ramena doucement à la réalité.

Tribal lui exposa l’énorme plaque bombée qu’il avait réussi à arracher à lui seul.

— Monte dessus, lui ordonna Nesse.

La brute mit du temps à comprendre. Dès qu’il posa le pied sur la plaque et se hissa dessus de toute sa force, celle-ci se plia et racla le sol en un son assourdissant.

— Pas assez solide. Recommence, fit Nesse en s’éloignant sous les éclats moqueurs des autres zombies.

Elle traversa la cour. Elle entendit distinctement le claquement sec du fusil mais s’en désintéressa.

Toyboy l’attrapa par le bras, faisant fi de toute convention sociale et lui grogna à l’oreille :

— Je sens l’odeur de la poudre. Qu’est-ce qu’ils fabriquent à ton avis ?

Toyboy avait un excellent odorat. Étrange qu’il n’ait pas senti l’odeur des enfants, vraiment. Nesse savait très bien ce qu’ils trafiquaient mais son esprit était ailleurs, bercé par les souvenirs de sa propre mort.

— Vous avez pu avoir la femme ? demanda-t-il d’une voix lointaine.

— Pas encore, elle…

Les grognements triplèrent. Les zombies hurlèrent, piaillèrent, le temps sembla s’arrêter. Nesse sentit son sang de tueur remuer dans son corps, ses poings se serrèrent, ses dents grincèrent.

Là-haut, un homme aux cheveux bruns, le visage pincé, tenait le garçon par le bras juste sous la gueule béante des morts-vivants. L’autre gamine s’accrochait à sa ceinture et le labourait de coups de poing, la bouche ouverte sur un hurlement muet de terreur et d’incompréhension. Le garçon gémissait, les yeux ronds remplis de larmes. Qu’ils ne l’entendent pas ou qu’ils l’ignorent, les deux autres adultes ne firent pas leur apparition.

— Donne-le ! hurlèrent les zombies. Balance-le connard !

— Et balance-toi avec ! renchérit Toyboy en devenant fou furieux.

Non, pensa Nesse.

Il y avait eu un gamin avant, très similaire à celui qui se pendait au bras de cet homme. Nesse était encore humaine, et voulait farouchement défendre sa peau. Elle avait laissé tomber bien des gens pour s’en sortir vivante. Un jour, une fillette était morte par sa faute. Ç’aurait dû être Nesse, mais Nesse avait préféré fuir, laissant la fillette se faire dévorer jusqu’à l’os. Et puis, l’autre gamin était apparu. Un petit que Nesse avait voulu protéger. Tant et si bien qu’elle avait pu régler sa dette envers l’autre gamine, et que c’était elle qui était devenue zombie à la place du garçonnet. Nesse, du fond de ce qu’il lui restait comme lambeaux d’humanité, ne le regrettait pas.

Dès lors, il lui arrivait parfois de ne pas pouvoir tuer un humain. La sélection était chaotique, cela pouvait varier d’une minute à l’autre, mais elle ne pouvait pas. Depuis quelques temps, cette tare s’était tue et ni femmes, ni enfants, ni hommes n’avaient échappé à sa folie meurtrière.

Mais là, quand Nesse vit les deux enfants, elle sut qu’elle ne pourrait pas les tuer.

Son pied buta sur le tas de pierres et de ferrailles que les zombies avaient ramassé. Elle prit ce qui ressemblait à une grosse machine à écrire et de toute sa force la lança.

La machine tournoya, frôla la tête de l’humain brun et s’écrasa avec fracas derrière.

Le jeune homme avait reculé sous la surprise. Le petit humain posa un pied salutaire sur le béton et la gamine l’attrapa à pleins bras.

Il y eut des cris, des hurlements derrière et le coup sec du fusil.

Nesse vit le filet de sang jaillir du crâne du jeune homme brun. Les zombies en dessous goûtèrent avec délice aux gouttelettes qui s’écrasèrent sur leurs figures.

— Tombe ! Tombe ! Tombe ! crachèrent-ils.

Le corps tituba, pivota sur la cheville et tomba dans les mains grandes ouvertes des monstres.

Les grognements cessèrent, remplacés par les bruits de déchirure, d’os brisés, de mastication, de déglutition. Tous s’étaient agglutinés en un amas glouton.

Nesse vit la main du jeune humain sur le sol, avant que la tête de Toyboy apparaisse et referme sa mâchoire dessus.

Toyboy leva ses yeux presque blancs sur Nesse. Il cilla, pencha la tête de côté et se détourna.

En haut, les deux autres adultes entouraient les enfants. La femme les serrait dans ses bras, son fusil pendant sur son épaule. L’homme, un jeune aux cheveux noirs corbeau, avait le regard braqué sur Nesse.

Il la dévisagea. Ses yeux vrillèrent sur le tas d’outils aux pieds de Nesse, avant de revenir sur elle. Nesse vit sa bouche s’ouvrir puis se refermer, mais déjà la femme l’entraînait vers le fond de la pièce et ils disparurent de sa vue.

Elle se glissa dans la cour. Le sang dans son ventre bouillonnait, les bruits du repas des morts-vivants la rendaient folle. Nesse mourrait de faim, mais celle-ci était dominée par bien plus fort encore.

Avec les trois morts-vivants que Nesse avait abattu, plus ceux tués par la femme, il ne devait rester plus qu’une vingtaine d’entre eux encore en vie. Les plus massifs et les plus dangereux se trouvaient dans l’entrepôt, tandis que le reste de la horde dévorait un corps encore chaud.

Elle voyait ce qu’il lui restait à faire.

Nesse revint dans la pièce, marcha droit vers l’amas de morts-vivants, grondant aussi fort qu’elle le pouvait. Certains eurent le bon réflexe de s’écarter, d’autres restèrent accrochés à la carcasse de l’humain. Nesse leur déchira les membres de son arme et les lança contre les murs.

L’homme avait perdu déjà la moitié de sa chair. Toyboy se faisait les dents sur un os du fémur, en observant Nesse d’un œil confus.

— Qu’est-ce que tu … ?

— Ca va aller pour aujourd’hui. On porte ça à Tribal et aux autres et on se casse.

Elle ignora le concert de protestations, mais la majorité était repue, les plus gros surtout. Les autres se turent devant l’œil glacial de Nesse, et comme Toyboy n’émettait qu’un grognement, ils finirent par accepter.

— Vous tous, dehors. Allez.

Paulette l’aida à transporter la carcasse jusqu’à l’entrepôt. Nesse la vit clairement prélever un morceau de pied, mais elle ne dit rien. Elle-même crevait de planter ces crocs dans cette viande palpitante de sang.

Elle siffla Tribal qui se retourna. Le corps décharné émit un son de succion quand elle le lança vers ceux qui travaillaient sur les machines.

Ils se précipitèrent aussitôt dessus et dévorèrent le reste de la carcasse en quelques minutes seulement. La horde les observait avec une colère qui montait de plus en plus et Nesse les flanqua dehors. Toyboy ne cessait de la regarder d’un œil de plus en plus méfiant et furieux, et Nesse capta les murmures grognons des autres morts-vivants.

Il ne resta bientôt plus que Tribal dans l’entrepôt. Il avait chassé les quatre autres morts-vivants, et léchait avec application chaque os encore ensanglanté.

— On se casse Tribal. Tu finiras en chemin.

— Quoi ? On vient à peine de commencer le repas !

Il commença à se diriger vers la cour, mais Nesse lui barra le chemin.

— On perd du temps ici. Celui-là, dit-il en désignant le tas de chair et d’os, c’était un coup de chance. C’est la femme qui l’a abattu.

— Parfait ! Alors je veux la femme pour moi, elle commence à me plaire !

— On se casse j’ai dit. La horde nous attend.

— Et si je veux pas te suivre ?

Nesse tenait toujours sa béquille aux deux lames dans le poing. Tribal la dominait de cinq bonnes têtes, mais elle se força à ne pas bouger d’un pouce, tout son corps tendu pour porter le coup fatal.

— Alors, dans ce cas, dit-elle d’une voix lente, tu sais parfaitement ce qui arrive aux zombies récalcitrants.

Tribal ne dit rien. Sa figure couturée de cicatrices était rouge du sang de l’humain, et il ne cessait de se lécher les babines. Ses épaules s’abaissèrent et il fit un pas en arrière. Nesse attendit qu’il soit sorti de l’entrepôt pour le suivre alors. Le sang lui battait dans la tête, et l’odeur de cadavre commençait à lui monter au nez.

Elle rejoignit la horde sur le parking et prit la tête vers la forêt.

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Nesse (7ème partie)

Leurs rires le réveillèrent. Yuko s’était lui aussi laissé porter par le sommeil pendant quelques minutes. Il frissonna et resserra sa veste doublée contre lui. Link riait aux éclats alors que Tya tenait l’ours en peluche et le faisait bouger comme une marionnette.

— Moins fort les enfants, leur intima Léti.

Elle était assise en face de Yuko, ses grands yeux bleus pâles braqués sur lui. Il en ressentit aussitôt un certain malaise, se demandant depuis combien de temps elle l’observait.

— Vous entendez ?

Yuko la dévisagea puis capta enfin le son, sourd, latent de coups répétés contre du métal. Son estomac se noua et il devint aussi pâle qu’un mort-vivant.

— Qu’est-ce qu’ils fabriquent ? chuchota-t-il.

Léti ne répondit pas, mais son regard déterminé redonna du courage à Yuko.

— Il faut partir, dit-il et elle hocha la tête vigoureusement.

— Vous avez un plan ?

— Il implique surtout vous et vos talents de tireuse.

Il tourna la tête en direction de Walter qui écoutait lui aussi les coups sourds.

— Et la destruction de cette fenêtre.

— Avec les massues ? Très bien.

Léti bondit sur ses pieds, attrapa une des massues qui avait servi à détruire l’escalier, et se dirigea d’un pas décidé vers la fenêtre. Walter ouvrit la bouche pour protester alors qu’elle se campait sur ses pieds, ramenait en arrière son arme et donnait un coup. La vitre se craquela et de la poussière tomba du plafond. Les grognements des zombies s’interrompirent comme s’ils s’interrogeaient sur l’origine de ce bruit.

— Arrêtez ! hurla Walter. Ça ne sert à rien, ils nous attendent dehors.

Mais Léti l’ignora et donna deux coups supplémentaires. Le verre se craquait, se fendillait, mais résistait. Les enfants s’étaient figés.

Yuko aida Léti qui suait au bout du cinquième coup sur la fenêtre. Ils finirent par établir un passage assez large et peu coupant au bout d’un quart d’heure. Ils se regardèrent tout en reprenant leur souffle. Les bruits de métal n’avaient pas cessé de l’autre côté de l’usine, et Yuko sentait la panique l’envahir. Ils étaient déjà à bout de souffle, épuisés d’avoir couru une bonne partie de la nuit, avec un quart de sandwich dans l’estomac. Les zombies n’étaient jamais fatigués, la faim leur inculquait de la force et ils ne mangeaient que pour calmer cette rage.

Yuko guetta du secours du côté de Walter. Mais ce dernier n’était pas disposé à les aider et leur hurlait des injures.

— La ferme, cracha Léti en reprenant son souffle.

Elle alla chercher son fusil, le cala sur son épaule et lança une œillade mauvaise à Walter.

— Combien sont-ils ?

— Ressaisissez-vous Walt, implora Yuko. Il faut bien essayer de s’enfuir, nous n’avons pas d’autre choix.

Yuko crut qu’il allait lui sauter à la gorge. Au lieu de cela son regard alla de Léti à Yuko puis aux zombies. Ses épaules s’affaissèrent, et il se mit à désigner d’un ton impavide la position des zombies dans les hautes herbes.

— Ils sont sept donc. Vous les voyez ? s’enquit Yuko à l’adresse de Léti.

Son visage était plissé contre la lunette du fusil. Elle finit par esquisser un fin sourire et hocha la tête.

— Quand vous voulez.

Yuko alla chercher l’échelle qui émit un grincement et la cala près du mur. Il échangea un regard décidé avec Léti.

Les premiers coups partirent, déchirant le crâne des zombies. Alertés par le bruit, certains changeaient de position, mais Léti était une chasseuse née. Elle parvint à les suivre sans gaspiller aucune munition. Yuko saluait chaque salve d’un hochement de tête, reprenant peu à peu espoir.

— Je vais préparer notre paquetage, fit Walter dans leur dos.

Ils ne l’entendirent pas sous les coups de fusil. Walter les observa un moment puis lentement, se dirigea vers les deux enfants.

 

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Nesse (6ème partie)

La faim se calma un temps. Puis Walter se leva brusquement et se mit à parcourir de long en large la pièce, sans jamais pour autant s’approcher trop du bord.

— Voilà pourquoi il ne fallait pas s’arrêter, dit-il en ponctuant chaque mot d’une enjambée furieuse. Maintenant, nous nous trouvons piégés par des zombies. C’est la pire situation qui soit.

Yuko échangea un regard avec Léti. La jeune femme avait connu pire que ça sans doute, pourtant elle paraissait abattue.

— Combien il vous reste de munitions ? demanda Yuko.

— Une quinzaine.

— Il nous reste quatre coups dans le revolver, et vous avez une recharge supplémentaire Walter ?

Le dénommé se contenta de hausser les épaules. Il finit par s’arrêter au milieu de la pièce, se mordillant le pouce et Yuko n’insista pas.

— Ça nous fait vingt-cinq têtes en moins, sachant que…

— Non vingt. Il faut deux coups de revolver pour exploser leur crâne. Sans compter la distance.

Yuko sentit le découragement l’assaillir mais il n’en laissa rien paraître.

— Disons qu’on en descend dix en bas. De quoi les repousser. On passe la cour et ensuite…

Ils le laissèrent parler ainsi pendant cinq bonnes minutes. Yuko se laissa emporter mais il sentit bientôt les regards épuisés de Tya et Léti, celui aux yeux ronds de Link, et celui furieux de Walter.

— Vous êtes bien naïf Yuko, si vous croyez qu’un seul d’entre nous s’en sortira avec ce genre de plan. Vous croyez qu’ils sont combien dehors à nous attendre ?

— C’est dur à admettre mais je suis d’accord avec Walt, enchaîna Léti. On ne peut foncer dans le tas, comme vous dites. Pas avec si peu de munitions et surtout pas avec des enfants.

Yuko vit les yeux de Walter briller de malveillance, mais il se retint de dire quoi ce soit à son grand soulagement. Il se leva et se campa devant la fenêtre.

Ils avaient une échelle à disposition et la fenêtre donnait sur l’extérieur de l’usine. S’ils étaient assez rapides, ils pouvaient courir ensuite dans les hautes herbes sur la droite, en espérant que les zombies seraient trop maladroits pour les suivre bien longtemps.

Yuko avisa le ciel gris et la lumière déclinante. Le soir tomberait dans trois heures. Ils pouvaient passer une nuit à la rigueur ici, en faisant des tours de garde. Ensuite il leur faudrait s’enfuir au petit matin, quand la rosée était encore fraîche. Les morts-vivants craignaient l’humidité, d’après Walter. Léti affirmait qu’elle en avait déjà vu certains traverser des plans d’eau dès qu’ils chassaient une proie.

Yuko secoua la tête et s’éloigna de la fenêtre, longeant le mur jusqu’aux enfants. Oui son plan fonctionnerait, s’il n’y avait pas les deux gamins.

Les grondements doublèrent d’intensité et le cœur de Yuko fit une embardée. Walter était perché au bord du gouffre, le regard perdu. Yuko s’imagina, s’avancer doucement vers lui, poser ses mains à plat sur le dos du jeune homme et pousser.

Non.

— Éloignez-vous du bord Walter, fit Yuko. Ça les provoque ce que vous faites.

Il cligna des yeux, puis tourna la tête vers Yuko. Les deux hommes s’affrontèrent du regard. Walter se précipita vers Yuko si brusquement, que celui-ci se tendit comme un ressort, prêt à se battre.

— Il faut que je vous parle, murmura Walter ignorant la réaction de Yuko.

Furtivement, il jeta un œil en direction des enfants qui somnolaient et de Léti qui les observait avec méfiance.

— On ne peut pas vraiment s’isoler plus que ça, grommela Yuko.

Walter l’attira alors vers le gouffre et tout le corps du jeune homme se figea d’horreur. Ils restèrent tous les deux au bord, sous les regards délavés des morts-vivants.

— Il faut trouver une solution, murmura Walter.

— Je suis d’accord. Je pense que si on attire l’attention des zombies de ce côté, on pourra en profiter pour filer par la fenêtre avec l’échelle.

Il fit une pause et rajouta un ton plus bas :

— Il faudra demander à Léti de sortir en dernier. Elle abattra les plus gros et empêchera certains de quitter la pièce, ce qui nous laissera une longueur d’avance sur le gros de la troupe, pendant que nous deux on descend avec les enfants et on tue ceux qui s’approchent.

Yuko hocha la tête, soudain soulagé de pouvoir mettre ses idées en place.

— Ca peut marcher si on ne panique pas.

Il avait espéré voir l’espoir briller dans les yeux de Walter mais celui-ci le regardait comme s’il était fou.

— Il y en a déjà sous la fenêtre. Vous ne les avez pas vu, qui attendent dans les hautes herbes ?

Yuko sentit la colère monter en lui.

— Non je n’ai pas votre don pour repérer les zombies ! cria-t-il presque. Dans ce cas, vous signalerez la position à Léti, elle les abattra et…

— Et comment comptez-vous ouvrir cette fenêtre ? C’est du verre épais, soudé à la pierre. On peut seulement entrouvrir le panneau du haut, même pas de quoi faire passer les morveux !

Un cri perçant lui répondit. Yuko et Water se tournèrent brusquement vers la horde qui les observait. Un zombie replet, une femme d’après ses cheveux blonds et sa poitrine tombante leur offrait un rictus de toutes ses dents. Il semblait à Yuko qu’elle se moquait d’eux. Sentait-elle leur peur grandir ?

— Il n’y a qu’une solution possible, souffla Walter en se rapprochant de la figure de Yuko. Il faut en sacrifier un.

Les yeux de Walter luisaient, ses pupilles dilatées en deux points noirs.

— Sacrifier un quoi ? répondit Yuko d’une voix lente.

— Un des gamins. Il pourrait servir d’appât. De quoi occuper les zombies pendant qu’on se tire ! Qu’est-ce que vous en pensez ?

Il regarda la horde, puis les enfants.

— Je pensais utiliser le garçon… mais il ne contentera pas les monstres. Alors que la fille est grosse, elle les calmera assez.

— D’accord.

— D’accord pour la fille ou le garçon ?

— Non. D’accord, donnez-moi une bonne raison de pas vous casser la gueule.

Yuko savait se battre. Il avait même combattu un zombie estropié, l’empêchant in-extremis de le mordre et de le contaminer. Mais là, la rage qu’il avait ressentie lors de ce combat était bien différente de la fureur noire qui l’agitait à cet instant.

À sa grande surprise, Walter recouvrit son sourire de renard :

— Parce que vous avez besoin de moi. Peu importe comment, vous n’arriverez pas à traverser cette horde juste vous, votre volonté et Miss tireur d’élite. Il vous faut un troisième qui sache se servir d’un revolver et qui puisse surveiller vos arrières. J’en ai buté du zombie, vous savez. C’est pas par peur que je vous propose ça, mais par esprit de logique. Et vous le savez comme moi, que la seule façon de se sortir d’ici, c’est de sacrifier l’un d’entre nous. La femme est indispensable. Nous sommes deux adultes en pleine possession de leurs moyens. Les enfants nous handicapent.

— Nous ne sacrifierons pas les enfants.

Walter lui sourit encore plus largement :

— Vous n’avez pas dit « nous ne sacrifierons personne ».

Il s’éloigna répétant d’une voix douce :

— Vous le savez comme moi Yuko. Vous le savez.

Walter campait juste sous la fenêtre, les genoux ramenés sous son menton, les yeux fermés. Yuko supposa qu’il dormait.

Il s’était assis à côté de Tya et Link qui jouaient avec l’ours en peluche. Léti lui avait interdit de le faire couiner, de peur d’attiser la rage des zombies et Yuko trouvait le conseil excellent. La jeune femme somnolait, après avoir vérifié l’état de son fusil sniper. Elle n’avait proposé aucune solution de fuite, et Yuko se sentait doucement envahir par le désespoir.

Il rejetait dans son esprit les mots de Walter. Ils tournoyaient dans sa tête, et à chaque fois qu’il y pensait, Yuko se sentait paralysé par une horreur sans nom. Il visualisait la chose, il voyait comment faire.

Non. Pas la bonne solution non plus.

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Nesse (5ème partie)

Nesse rejoignit la horde surexcitée dans le deuxième bâtiment jouxtant la cour. Elle entra dans la pièce, avisant aussitôt l’escalier défoncé et l’étage du dessus. Elle entendait les humains parler d’une voix forte et animée entre eux mais elle ne les comprenait pas. Elle ne pouvait plus comprendre, de même qu’eux n’entendaient que les grognements de ses camarades zombies, bien bavards lorsqu’une proie était à portée.

— Une échelle ! Qu’on aille chercher une échelle !

— Stupide ! La meuf nous descendra avant qu’on puisse pointer le bout du museau.

— Dans ce cas, on défonce le bâtiment, on casse un mur et hop !

— Quelqu’un m’a appelé ?

— On t’a pas parlé Stupide !

— Ah désolé mais Sans-cœur vient de dire « Stupide ». Le minimum que je puisse faire c’est répondre à mon nom.

— J’ai faim, j’ai tellement faim ! Faites-les descendre ! Quelqu’un !

— Qui est partant pour une pyramide humaine ?

— Pour que tu prennes encore les meilleurs morceaux Tribal ? C’est hors de question, je me suis déjà fait avoir une fois…

— Silence.

Nesse n’avait pas haussé la voix. Les zombies ne se retournèrent pas, mais ils se turent aussitôt. Leurs muscles se tendirent sous leurs vêtements dépenaillés. Le plus massif du groupe, Tribal, se détacha et claudiqua vers Nesse.

— Chef, on sait pas comment les attraper et si on attend encore longtemps, ils vont mourir. Vous savez bien comme c’est pas nourrissant la viande morte, Chef. Chef.

— Moi qui me faisait la remarque quelques minutes plus tôt que vous étiez mes meilleurs éléments, grinça Nesse. Vous n’êtes qu’une bande de ramassis affamés.

— C’est que c’est vrai qu’on a faim.

— C’est regrettable mais ça fera pas descendre notre repas plus vite.

Tribal hocha la tête sans rien dire. Il avait été blond autrefois, mais le zombie qui l’avait attaqué lui avait lacéré le visage et le crâne. Sa tête n’était plus qu’un amas de chairs rouges et de cicatrices où brillait son regard bleu pâle. Certains disaient qu’on voyait parfois son cerveau. Tribal était le plus violent de la horde mais guère le plus intelligent. Nesse ne l’aimait pas mais il savait servir de bélier quand la nécessité le voulait, et il faisait peur aux gosses.

Elle se détourna de Tribal et chercha Toyboy. Le jeune homme fluet avisa son regard et se glissa vers elle en souriant d’une oreille à l’autre, un spectacle des plus répugnants sachant qu’une grand-mère mort-vivant lui avait donné un baiser déchirant en pleine bouche.

— Combien sont-ils là-haut ? dit-elle d’une voix rapide.

Toyboy fit la moue ce qui ne se voyait pas tellement vu qu’il était dépourvu de lèvres.

— On en a repéré trois. Une femme adulte, la sniper, un homme qui pue la pisse et le chef de clan.

Il eut une pause puis rajouta en susurrant :

— Clan. Ça le fait comme appellation ? Je suis sûr qu’ils s’appellent comme ça. Je veux dire, nous on s’appelle bien la horde, alors eux…

— Ouais… Tu as capté d’autres voix ?

— La horde est folle, rit Toyboy. Elle fait trop de boucan pour entendre quoi que ce soit. Et bien sincèrement on s’en moque de combien ils sont, du moment qu’on les mange.

— C’est certain, marmonna Nesse que la tendance bavarde de Toyboy fatiguait. Bonne tireuse la femme donc ?

Toyboy se contenta de pointer du doigt leur camarade au crâne défoncé qui gisait au fond de la pièce.

— Je l’ai mis de côté, il gênait mon odorat.

— Régis a toujours dégagé une mauvaise odeur, admit Nesse. Bonne tireuse donc et qui sait comment nous tuer. Intéressant.

— Ouais, et elle sera d’autant plus bonne quand je l’aurai entre mes mâchoires ! ajouta Tribal ce qui déclencha des beuglements de la horde.

Toyboy les foudroya du regard, mais Nesse les laissa grogner.

— Rien d’autre à part ça ? soupira-t-elle.

— Pas qu’on sache. Ah si, s’amusa Toyboy, la horde a très faim.

— Je ne m’en étais pas aperçue. Comment se fait-il qu’ils se soient signalés à vous ? On serait passé complètement à côté sinon.

— Pour ça, faut remercier Paulette. C’est elle qui a trouvé la peluche.

Alors que Toyboy résumait la situation, Nesse observait les autres qui fouillaient la pièce à la recherche d’un objet pour monter dessus. Elle songea qu’il leur faudrait détruire le mur pour faire passer une des machines dans l’entrepôt afin que la horde se hisse dessus. Tout en échappant aux tirs de la sniper. Non rien à faire, il fallait d’abord s’occuper de cette bonne femme.

— Désigne-moi cinq zombies pour ramener le plus d’objets possibles. Des pierres, des bouts de bois, n’importe quoi qui passe la porte et que vous puissiez lancer dès que la femme pointera la tête.

Toyboy obéit, fendit la foule et attrapa cinq camarades qu’il entraîna vers la porte en leur gueulant dessus. Toujours efficace son lieutenant.

— Mets Tribal et quatre autres baraqués sur une des machines dans l’entrepôt et demande-leur d’arracher des morceaux de tôle. On va essayer de s’en servir pour grimper dessus.

Tribal avait cependant entendu et repoussa Toyboy d’une main dédaigneuse.

— C’est même pas la peine ! Je quitte pas ces salauds, je veux les bouffer !

Nesse fit un pas en avant, montrant doucement les crocs. Elle fut glacée de voir que Tribal mit une demi-seconde de trop pour reculer et obéir. Les autres morts-vivants suivirent sans protester, mais Nesse sentait leur faim grandir à chaque minute. Elle contempla en silence l’étage.

Quelque chose clochait. Quelque chose qui l’empêchait de réfléchir correctement, d’agir comme un chef zombie se doit d’agir.

— Peut-être faudrait-il quadriller le bâtiment voir s’il n’y a pas d’autres passages, lança Toyboy.

Nesse hocha la tête mais parla avant que Toyboy se propose.

— Je m’en charge. Va en poster quelques-uns sous la fenêtre, il s’agirait pas qu’ils s’enfuient par là.

Elle quitta la pièce sans plus tarder, traversa la petite cour. Elle jeta un œil dans l’entrepôt, constatant froidement que Tribal et les autres s’étaient mis au travail malgré tout. Les bruits de métal frappé résonnèrent dans toute l’usine et nul doute que cela devait jouer sur les nerfs des humains.

Nesse fit le tour de l’usine par l’extérieur. Elle renvoya à Toyboy ceux qu’elles croisaient et qui erraient affamés. Certains manquèrent à l’ordre à deux reprises et elle leur trancha la tête sans plus attendre. Nesse était furieuse, pour une raison qu’elle ignorait complètement.

Elle traversa les restes envahis de hautes herbes d’un petit jardin jadis entretenu et qui donnait juste sous la fenêtre où campaient les humains. Elle progressa ainsi, jusqu’à perdre de vue le mur de béton, les herbes étant aussi hautes qu’elle, les arbres se touchant au dessus d’elle. Nesse goûta l’air, sensible aux odeurs de sang. Elle captait celle forte d’un renard blessé à quelques pas, et une autre, légère et ancienne. Nesse écarta les herbes, arracha à pleines mains les ronces et les orties qui lui chatouillaient les joues, sans ressentir aucune douleur. Elle finit alors par buter contre un cabanon en bois, jouxtant le mur du bâtiment. L’odeur venait de l’intérieur de la cabane. Nesse força la porte qui craqua sous sa poigne. Une obscurité de pois l’accueillit, accompagnée d’une odeur de vieille chaire pourrie. Une cabane de chasseurs. Nesse avisa dans l’obscurité les taches légèrement rouges sur les peaux d’animaux, le sang sur les murs et les outils de découpage. Pas d’armes. Dommage. Elle prit un petit escabeau, le tira dehors et le cala contre la cabane.

Nesse se hissa sur le toit de celle-ci, naturellement mal à l’aise quand elle se trouvait en hauteur. Elle n’était pas sujette au vertige, mais les zombies n’aimaient pas trop la hauteur. Ce qui justifiait leur incapacité à sauter bien haut, excepté selon certaines circonstances.

Le murmure d’une conversation. Nesse se figea et plaqua son oreille contre le mur en béton. Elle n’entendit rien. Elle secoua la tête et se concentra, pour finir par comprendre que le bruit venait d’un point au niveau du toit de la cabane et du mur. Celle-ci avait été fixée contre le fronton du bâtiment à l’aide de gros clous. La rouille et le temps avait d’ailleurs creusé la pierre laissant alors entrevoir ce qu’il se passait de l’autre côté.

Et l’autre côté c’était le repaire des humains. Leur odeur frappa Nesse en pleine figure qui manqua de planter ses crocs dans la pierre. Elle ne s’était pas rendue compte de sa faim cannibale jusqu’à maintenant. Presque allongée sur le toit du cabanon, elle goûtait avec délice du bout de la langue l’odeur de la chair fraîche.

Elle se ressaisit brusquement. Les humains discutaient toujours d’une voix vive. Nesse avait déjà essayé de les comprendre, de s’efforcer de se souvenir de la langue humaine, mais son cerveau ne pouvait plus l’assimiler. Elle calcula qu’il y avait bien vingt centimètres de mur entre elle et les humains. Rien qu’un bon coup de poing de Tribal ne puisse ébranler. Ils n’auraient aucun moyen de se défendre alors, pris par surprise. La victoire sautilla dans l’estomac de Nesse, hurlant de joie de ce prochain repas.

Nesse ne pouvait comprendre les voix, mais elle distinguait leur sonorité. Et c’est là qu’elle l’entendit. Le son doux, aigue, juvénile d’une voix d’enfant.

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Nesse (4ème partie)

Sur la colline, derrière un petit bosquet de ronces, ils étaient trois, leurs yeux pâles fixés sur l’usine désaffectée.

Le plus grand était un noir, mort dans la glorieuse trentaine, habillée d’un blouson en cuir et d’un jean large. Il grattait avec nervosité la barbe qu’il n’avait pas taillée le jour de sa mort, lorsqu’un des leurs lui avait planté ses crocs dans le ventre et avait dévoré lascivement son estomac. La plaie, c’est lui-même qui l’avait recousue lorsqu’il s’était éveillé de sa mort, la vue réduite à ne voir qu’une seule couleur. Celle rouge de son corps se vidant de son sang. La tâche sous son t-shirt des Who lui avait valu le surnom stupide de Dark-Who. L’humour n’était pas le fort des morts-vivants.

Le deuxième était un homme d’une quarantaine d’année, maigre sous son costard en lambeaux, et éternellement voûtée depuis qu’un zombie lui avait enfoncé son poing dans l’épaule. Son bras ne tenait que par des lambeaux de chairs, mais l’os avait su résister à l’attaque, saillant de manière grotesque sous son costume trois pièces. Le monstre avait ensuite planté ses dents, y laissant des traces bien nettes. La horde voulait l’appeler le Business-Man, mais tous ceux qui avaient osé lui demander quel était son business avant de mourir avait eu la tête arrachée par lui. Aussi Dark-Who l’avait décrété comme étant le Pingouin, et c’était bien.

Le dernier personnage se tenait légèrement en retrait. C’était une adolescente, mais ce terme n’avait pas de réel intérêt quand on était mort. Elle était vêtue d’une veste en parfait état, à peine poussiéreuse, d’un pantalon noir déchiré aux genoux et d’une paire de baskets boueuses. Ses cheveux bruns coupés courts encadraient un visage morne, impavide. La morsure à son cou était bien nette, des lambeaux de chairs pourris se détachant. Si la horde craignait Pingouin, tremblait devant Dark-Who, elle se jetait à terre devant Nesse, la seule qui ait refusé tout sobriquet ridicule.

Les trois chefs se consultaient à voix basse. Du moins Dark et Pingouin grognaient entre eux, tandis que Nesse humait l’air avec intérêt. Depuis que la horde avait découvert les humains, elle essayait d’obtenir des informations sur eux mais elle répugnait à s’approcher plus que ça. Elle cligna des yeux sur le monde en noir et blanc et reporta son attention sur ses deux compagnons.

— Pierre par pierre. On démolit un mur, on grimpe dessus…

— Le Fou vient de nous dire qu’ils ont un sniper. Un bon. Ou une bonne, marmonna Dark. C’est dur à distinguer ce qu’il baragouine ce con.

— En même temps, il mérite bien son surnom, concéda Pingouin en rajustant éternellement son costume sur son épaule désossée.

Il soupira.

— C’est la merde. La horde a faim et elle va refuser de bouger maintenant qu’ils ont trouvé un garde-manger.

— Sauf que ton garde-manger, il va refuser de descendre. Ça voudra mourir plutôt que de se faire dévorer.

Pingouin poussa un long grognement agacé.

— C’est ahurissant ! Ils savent que de toute façon, ils vont mourir. La moindre des choses c’est de faire la part des choses, et de nous laisser les dévorer.

— Honteux en effet, ricana Dark en échangeant un regard avec Nesse.

Elle esquissa un sourire. Dark et Nesse étaient bons camarades, d’aussi loin que des morts-vivants puissent être amis. Ils savaient que Pingouin ne devait pas être un homme bien futé lorsqu’il marchait encore dans le monde des vivants, et la mort ne changeait pas l’intelligence qui allait avec. Ils aimaient donc se moquer de Pingouin, qui ne comprenait jamais leur sarcasme.

— Que fait-on alors ?

Intuitivement Dark et Pingouin attendaient la décision de Nesse. Les chefs avaient encore une partie de la horde qui attendait dans les bois et ce n’était jamais bon de laisser des zombies entre eux, sans chef pour les réunir. Un zombie seul n’avait pas une bien grande utilité.

De plus, Nesse leur faisait peur. Ils ne voulaient pas dire quoi qui puisse la contrarier.

Nesse le savait, aussi se laissait-elle le temps de réfléchir. La horde dans l’usine était composée d’une trentaine d’individus, des membres forts et intelligents qu’elle avait elle-même sélectionné. Elle répugnait à laisser ce genre de mets raffinés à Pingouin qui n’hésiterait pas à sacrifier ses morts-vivants pour avoir un piteux morceau de viande. Dark était calme et bon stratège, du moins quand il s’agissait de faire front à des humains armés jusqu’aux dents. Il était le plus rapide de la horde, et il avait toujours égalé Nesse au combat. L’assigner à un terrain tel que celui-ci le frustrerait plus qu’autre chose, et Nesse ne souhaitait aucunement perdre son appui.

— Je m’en occupe, lâcha-t-elle au grand soulagement des deux autres. Je remplis ma horde de trente têtes de toute la viande qu’on trouvera, et on vous rejoindra ensuite, avec ou sans restes.

— Ca me va, concéda Dark. Ils n’ont pas l’air bien nombreux là-haut, et si ça nourrit trente d’entre nous, c’est suffisant.

— Ouais, n’importe comment je veux pas moisir ici, grogna Pingouin en faisant craquer sa carcasse. On laissera une piste de sang. À un de ces jours, Nesse.

Il pivota et s’éloigna dans la forêt, suivi par Dark qui eut un signe de tête envers la jeune fille.

Nesse resta immobile un moment, puis se dirigea à pas lents vers l’usine. Elle goûtait à l’air frais, au moelleux de la terre sous ses pieds. Elle entendait distinctement les grattements de sa horde dans le bâtiment, fouinant le moindre recoin, le gros de la troupe concentré sur la partie qui dominait l’usine. Nesse distingua la fenêtre d’où on lui avait signalé la position des humains, et elle resta de longues minutes à la contempler. Sa mauvaise vision ne l’handicapait pas plus que ça, elle savait être patiente contrairement à ses camarades. Elle finit par percevoir des variations dans les noirs et blancs et distingua la forme d’un humain passant devant la fenêtre. Elle laissa courir sa langue pâteuse entre ses dents. La faim la terrassait depuis des jours, d’une manière qu’elle ne pouvait plus faire taire. Avec cette envie venait alors la colère, et plus profond encore, la peur. Cette vieille peur qui habitait tous les morts-vivants, celle qui, avant de tuer, leur rappelait comment ils étaient eux-mêmes morts. Les plus violents d’entre eux se servaient de cette peur comme force, et c’était le cas de Dark et Pingouin. Nesse ne leur avait jamais avoué qu’elle vivait constamment avec cette peur, et que sa force à elle résidait dans autre chose.

Elle se glissa dans le bâtiment, aussi silencieuse qu’une ombre, concentrée sur le moindre de ses mouvements. Avant sa mort, elle ne pensait guère aux muscles qu’elle déployait pour marcher. Désormais, chaque geste était calculé dans le but de le rendre le plus rapide ou le plus puissant possible. Ceux d’entre eux qui parvenaient le mieux à faire à leur corps ce qu’ils voulaient devenaient des zombies extrêmement puissants. Aucun humain armé ne pouvait leur résister.

Nesse contempla les machines mises à sac par les zombies. Des nids d’oiseaux et des terriers de blaireaux avaient été retournés, certains de leurs occupants tués. Elle avisa du coin de l’œil, un mort-vivant au corps décharné, dévorant un écureuil. Nesse siffla dans sa direction, mais le mort-vivant l’ignora superbement. Voilà qui était inquiétant. La faim devait être terrible pour qu’il passe outre un ordre. Elle s’approcha de lui, accroupi qu’il était derrière une cuve d’eau pleine.

— Tu as mieux à faire que de manger ça, feula-t-elle. Va rejoindre les autres.

Il grommela et lui jeta un regard de ses yeux presque blancs, son écureuil pendu à sa mâchoire. Il ne restait plus que la peau et les os qu’il léchait avec frénésie. Trop tard, la faim l’avait rendu plus sauvage qu’il ne l’était déjà.

Nesse dégaina son arme de son dos, une longue béquille à laquelle était fixées deux lames aux extrémités. Elle appuya la lame contre le cou du mort-vivant, en dernier avertissement. Aucune réaction.

Elle trancha la tête nette. Celle-ci roula et buta contre le container d’eau. Il n’y eut aucun jet de sang, celui-ci devenait poussière dès que la tête était retirée du corps. Assez simple comme mort, en somme.

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Nesse (3ème partie)

Ce fut Walter qui calma la situation, à la grande surprise de Yuko. Il saisit d’une main tremblante l’ours en peluche et sortit sa gourde de son sac à dos. Yuko l’observa avec fascination, incapable de l’empêcher, de lui hurler que c’était du gaspillage. Walter nettoya avec un soin presque maniaque l’ours en peluche. Le sang était encore frais et n’avait pas trop adhéré aux poils longs de la peluche. Il l’essora, le secoua ce qui projeta une gerbe d’eau sur son visage.

— Tiens, dit-il en se levant et en calant l’ours humide dans les mains de Link.

Les pleurs du petit s’atténuèrent, jusqu’à devenir des hoquets silencieux. Tya essuya ses propres larmes, fit un signe de tête sec à l’adresse de Walter, la mâchoire en avant, les lèvres tremblotantes. Walter hocha la tête et resta là, pantelant, observant les deux petits.

Yuko se leva à son tour. Il posa une main furtive sur l’épaule de Walter et se dirigea vers Léti et le gouffre d’où montaient les grognements. Peu importe maintenant qu’il soit vu. Lui, voulait les voir.

La horde lui présenta un visage qu’il avait cent fois aperçu auparavant. Ils étaient une douzaine, des adultes pour la majorité. La peau était livide, le regard pâle et vitreux, la gueule découverte sur des dents striées de boue et de sang. Certains avaient les membres en piteux état, parfois juste un moignon pour le bras, mais tous avaient leurs jambes sur lesquels ils se tenaient bien droits. Leurs pieds par contre, formaient pour certains un angle étrange, ce qui leur donnait des allures de pantins désarticulés. Le sang avait séché en plaque grasse et noire sur leurs vêtements déchiquetés, laissant apparaître une peau où une paire de mâchoires ou des griffes avaient arraché un morceau. Les femmes présentaient une chevelure emmêlée, parsemées de ronces et de feuilles. Les corps les plus trapus se tenaient contre l’ancien escalier de fer comme s’ils sentaient que c’était là qu’ils pouvaient atteindre l’étage.

Yuko les contempla un par un, fasciné et terrifié. Leur grondement s’était légèrement atténué, comme s’ils pressentaient qu’ils tenaient là le chef du groupe et qu’ils se feraient une joie de le mettre en pièces. Yuko les avait vus faire, il savait qu’ils ne perdaient pas une miette quand ils avaient faim. Les mâchoires pendantes, les grognements reprirent comme un ronronnement de moteur et le jeune homme sut qu’ils mourraient de faim.

Ils s’agitèrent, tandis que ceux du fond (les plus intelligents de toute évidence) se remettaient à parcourir la pièce mais avec des mouvements de plus en plus saccadés. Leur impatience allait en grandissant et Yuko sut qu’il les avait suffisamment provoqués.

Il força Léti à se relever. La jeune femme gémit légèrement d’être restée trop longtemps allongée. Ils reculèrent sans quitter les regards pâles et se terrèrent au fond de la pièce.

Yuko fit asseoir Walter à droite de Tya, Léti à gauche. Il s’installa lui-même en face d’eux, ouvrit son sac et distribua la nourriture tout en parlant :

— Mangeons d’abord. On court depuis ce matin, il faut se restaurer et réfléchir ensuite.

Ils ne protestèrent pas mais aucun n’eut le cœur à discuter. Yuko ne pouvait leur en vouloir, car désormais chacune de ses bouchées était accompagnée du marmonnement des monstres. Il fit passer la nourriture avec une lampée d’eau, songea qu’il ne leur en restait désormais que pour deux jours, et se mit à réfléchir.

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