Nesse (11ème partie – FIN)

La double lame fila et vint se planter pile dans le dos de Tribal. Sa colonne vertébrale fut brisée nette, et celui-ci manqua perdre pied. La lame était figée dans la pierre, et le monstre se démena pour s’en dégager. Il reconnut la béquille mortelle de son chef de horde et sa colère tripla.

Le zombie sentit des gouttes de sang frais sur son visage. L’humain qu’il tenait toujours par le bras, se déchirait les mains sur la fenêtre pour se dégager de sa poigne. Tribal ouvrit grand la gueule, et se hissa le plus haut qu’il puisse. La lame dans son dos le bloqua, puis déchira son corps à la verticale. Mais la douleur, il n’en avait cure.

Tribal attira le visage de l’humain terrifié vers lui. Il lui souffla son haleine de mort au visage et planta ses dents dans son cou offert. Le sang chaud gicla dans sa gorge avec délice et Tribal jouit de son contact glissant dans son corps. Il n’entendit pas le déclic, ni la pointe froide du revolver contre sa tempe. La balle lui transperça le crâne de part en part. La tête du monstre couturée de cicatrices cracha des jets de poussière et de sang, celui de Yuko.

Tya n’avait pas crié en tirant. Elle s’était accrochée au rebord de la fenêtre comme Yuko, s’écorchant le ventre et déchirant sa chemise. Elle n’avait ressenti qu’un dégoût froid lorsqu’elle avait vu de très près le crâne en lambeaux du monstre.

Elle n’avait pas hésité.

 

Le corps de Tribal resta suspendu un moment dans les airs, puis la lame craqua et il s’écroula sur ses camarades qui achevaient les restes de la femme. Tous avisèrent la béquille dans son dos, et tous se tournèrent vers Nesse.

Toyboy fut le premier à hurler.

Ils se jetèrent sur elle. Repus, les zombies étaient plus patauds mais plus résistants aux attaques.

Nesse cependant n’était plus en mesure de tenir bien longtemps face à sa folie meurtrière. Elle avisa le gâchis, la femme démembrée, l’homme en sang à la fenêtre, et les deux têtes horrifiées des enfants.

Elle n’aurait pas besoin de son arme.

Nesse attrapa à pleines mains la tête du premier zombie qui fut sur elle et le fracassa dans un bruit sourd contre le sol. Elle en mordit un autre dans le cou et lui brisa les vertèbres. Elle se servit de son corps encore conscient mais paralysé pour frapper les autres. Le sang des morts-vivants giclait en salves épaisses et lui bouchait la vue. Nesse se laissait déborder par sa haine pour arracher les membres à sa portée, lancer ses pieds dans les genoux et briser les os de ses camarades. Aucun ne reculait, les morts-vivants étaient lancés dans leurs attaques meurtrières. Ils la mordirent à maintes reprises mais aucun coup ne la blessa suffisamment pour l’empêcher de combattre. Une longue estafilade lui barrait le bras, sa veste était déchirée au niveau du ventre, et son pantalon partait en lambeaux. Mais chaque coup porté à sa personne signifiait la fin d’une existence. Nesse arrachait des crânes à mains nues, se frayant un chemin dans cette masse grognante.

Des bras décharnés lui serrèrent le cou et un poids sur son dos la déséquilibra. Nesse tomba à genoux et les dents de Toyboy se plantèrent dans la blessure à la nuque qui avait fait d’elle un zombie. Toyboy y resta accroché comme une tique, alors même que Nesse lui brisait les bras, arrachait des plaques entières de peaux en lui labourant le crâne de coups de griffes. Toyboy ne lâchait pas prise, son corps réduit à un tronc sans bras, ni jambes, la tête pelé comme un oignon, ses yeux explosés au fond de ses globes.

Nesse finit par tirer de toutes ses forces sur la mâchoire du monstre. Celle-ci émit un craquement sonore, et elle flanqua à terre le corps gigotant de Toyboy. Elle hurla de fureur et écrasa le crâne sous son pied.

Le silence tomba, entrecoupé de geignements et de sanglots. Des morts-vivants de la horde de Nesse, il ne restait que des corps en charpie qui achèveraient de pourrir dans la soirée. Nesse vérifia d’un coup d’œil que tous les crânes étaient fracassés, qu’aucun morceau de zombie ne se cachait sous le corps d’un camarade. Elle finit par tâter sa blessure au cou, constatant qu’un bon lambeau avait été arraché par les mâchoires de Toyboy.

Un sanglot plus fort attira son attention et elle leva la tête. À la fenêtre, l’humain n’avait pas bougé, se vidant peu à peu de son sang. Il gémissait et semblait faire résistance aux deux enfants qui cherchaient à le ramener à l’intérieur. Nesse s’approcha. Un voile blanc commençait doucement à se poser sur les yeux de Yuko.

 

— Tya… arrête. C’est inutile, murmura Yuko.

La douleur le rendait aveugle. Une aiguille chauffé à blanc lui transperçait les yeux et pénétrait doucement dans son cerveau. Il aurait voulu hurler, mais le souffle lui manquait. Il se sentit attiré par l’idée de dormir et d’oublier, de plonger dans un puits sans fond pour oublier la douleur, mais Yuko savait ce qui l’attendait.

— Il faut te soigner ! gémissait Tya en tirant sur la veste du jeune homme. Tu saignes de partout, il faut…

Link l’imitait mais son horreur était telle qu’il ne parvenait pas à dire le moindre mot. Il finit par s’arrêter et à observer Yuko, les yeux ronds.

— Il va falloir, marmonna Yuko en reprenant son souffle à chaque mot. M’aider.

— Qu’est-ce que je peux faire ? cria Tya.

— Je n’ai plus. La force. Il va falloir… me pousser.

Tya ne répondit pas de suite. Yuko sentait sa présence, petite fille plus courageuse que lui. Mais il sentait aussi autre chose, un besoin, une envie de…

— Non, murmura-t-elle.

— C’est en train d’arriver. Tu dois me pousser. Je ne peux pas le faire, je ne maîtrise plus mon corps.

Il avala sa salive qui avait un goût de sang. Du sang…

— Vite. Fais-le ou… ça va arriver. Je ne pourrais plus rien faire.

Tya ne pouvait s’y résoudre. Un grognement strident la fit baisser les yeux par la fenêtre. Elle ne voyait plus le corps de Léti, disparu sous l’amas de chairs pourries et du massacre des zombies, et posa son regard sur la fille aux cheveux courts. Elle grogna à nouveau et montra d’un doigt couvert de sang le corps de Yuko.

— Je t’en prie…

Yuko se tut. À la place son corps fut parcouru de frissons et il se mit à gémir de plus en plus fort.

Tya prit sa décision.

— Aide-moi, dit-elle à Link.

Elle ne pouvait pas assumer cette tâche seule. Le garçon parut comprendre aussitôt.

Leurs mains soulevèrent les jambes de Yuko. Ils soufflèrent, poussèrent. Yuko s’agitait, Tya vit sa main tenter d’accrocher le rebord de la fenêtre, et elle poussa encore plus fort.

Yuko bascula, rebondit sur le mur et s’écrasa mollement sur les corps des morts-vivants, juste à côté de celui de Tribal.

Nesse regarda les enfants et hocha la tête. Elle s’approcha, retira son arme du corps de Tribal. Une main la saisit faiblement et elle tourna son regard vers celui de Yuko.

Ses yeux avaient gardé la teinte grise qu’ils avaient avant. Il crachait encore du sang, et sa blessure au cou suintait d’un épais liquide noir.

Il parla, d’une voix que Nesse interpréta à moitié et elle comprit qu’il résistait de toutes ses forces à la transformation.

— Tuez… Tuez…

Le « moi » était en langue humaine. Nesse savait qu’un zombie ne pouvait souhaiter sa propre mort. Il pointa d’un doigt tremblant la lame de Nesse, puis lui, et grogna, hurla.

— TUEZ !

Nesse posa son arme doucement sur la plaie de Yuko. Ils se fixèrent, Yuko luttait contre ses grognements bestiaux et il ne lui faudrait qu’une poignée de secondes pour réagir et se défendre.

Nesse abattit sa lame.

 

Les enfants ne dirent pas un mot. Link sanglotait en silence, mais Tya pensait que c’était mieux ainsi. Elle n’aimait pas l’idée que Yuko devienne comme leurs ennemis.

La fille aux cheveux courts s’éloigna sans les regarder. Elle les avait défendus. Ils étaient seuls, mais elle les avait défendus. Petit Link était encore trop jeune pour comprendre, mais Tya s’attacherait à toujours lui rappeler qu’un jour, un zombie avait tué d’une rage sans limite pour eux.

— Merci ! cria-t-elle dans le soir tombant.

Nesse s’arrêta. Elle resta un moment immobile, humant l’air nocturne avec délice, sa faim partiellement calmée. Elle poussa un soupir, essuya le sang sur sa figure et s’évanouit dans les bois.

Fin

 

 

Précédent…

Merci à tous d’avoir lu !

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