Nesse (10ème partie)

La horde s’arrêta au sommet de la colline, tandis que Nesse inspectait les rangs et grognait à ceux qui protestaient. Toyboy ne marchait pas à ses côtés. Lui, Tribal et un groupe non négligeable de morts-vivants traînaient à l’arrière en se parlant à voix basse.

— Dans les rangs bande de tire-au-flancs, feula Nesse. Les autres sont à des heures de marche.

— Chef, fit Toyboy.

Nesse était à deux doigts de craquer. Sa faim la talonnait plus que jamais et l’odeur de l’humain était sur chaque zombie de sa horde.

— Quoi encore ? On se casse j’ai dit.

— On se disait, chef, c’est quand même dommage. C’est du gaspillage ce qu’on fait là.

— Au contraire, ironisa Nesse, on laisse un mâle et une femelle adulte en vie. Ils se reproduiront et nous feront encore plus de viande pour nous.

L’idée parut plaire à Tribal mais Toyboy était bien plus malin que ça.

— Sauf s’ils rejoignent une colonie d’humains où ils apprennent à nous combattre. La femme a tué un tiers de notre groupe. Je trouve ça plutôt dangereux pour notre espèce de la laisser en liberté comme ça.

Les morts-vivants grognèrent d’approbation. Notre espèce. Nesse en aurait éclaté de rire si la situation avait été amusante.

— On devrait attendre planquer autour de l’usine et les choper quand ils…

— Il va faire nuit, soupira Nesse, ils ne partiront qu’au petit matin. C’est inutile d’attendre aussi longtemps alors que le reste de la horde s’éloigne de plus en plus de nous.

— Dans ce cas, avança un autre mort-vivant, on pourrait grimper sur les pièces de machines comme prévu et…

— Inutile, le coupa Toyboy. Ça ne marchera pas, ce n’était qu’une distraction pour occuper nos troupes. N’est-ce pas, chef ?

Nesse se hérissa. La situation s’envenimait, et plus les zombies restaient à écouter Toyboy plus ils seraient nombreux à se ranger de son côté. Nesse devait engager la marche dans la forêt afin de les éloigner au plus vite de l’odeur des humains qui les rendaient instables.

— Serais-tu en train de mettre en doute mes ordres ? susurra Nesse en serrant le poing sur sa double lame.

— Ma foi, ça se pourrait bien, gronda Toyboy.

Toyboy n’était pas bien fort au combat, aussi tourna-t-il la tête vers les zombies récalcitrants mais aucun n’avait fait un pas pour l’aider.

— Tribal ? grinça Toyboy entre ses dents.

Mais Tribal n’écoutait plus. La tête tournée vers l’usine, il fixait de ses yeux délavés la fenêtre brisée où une silhouette les observait. Un filet de bave et de sang coulait des mâchoires du zombie et sans crier gare, il poussa un hurlement guttural et bondit en avant.

Yuko vit comme un éclair blanc le regard du monstre se tourner vers lui. Il s’interrogeait sur les raisons de la troupe qui s’était arrêtée au sommet de la colline, inquiet à l’idée qu’ils puissent faire demi-tour. Son attention était surtout sur la petite silhouette de la fille aux cheveux courts et qui semblait être la chef du troupeau. Yuko en ressentait un malaise grandissant à voir cette fille, qu’on n’aurait pu prendre pour une humaine un peu amochée de dos, au milieu de ces monstres.

Il poussa un cri lorsque le géant mort-vivant, celui au crâne parcouru de grosses cicatrices, se mit à courir en hurlant dans sa direction. Yuko sentit Léti apparaître à ses côtés, épauler son fusil et tirer. La balle transperça l’épaule du zombie. Léti grogna, recommença, mais le monstre était plus rapide que la normale, filant ventre à terre jusqu’au mur.

Yuko aurait dû la retenir. Léti se pencha par la fenêtre, visant le zombie qui se préparait à sauter. Le coup partit, déchira l’œil du monstre, mais ne le tua pas.

Le monstre bondit. Ses ongles accrochèrent la pierre, ses pieds se calèrent dans les imperfections du béton. Il lança son poing droit et le referma sur la gueule du fusil. Léti n’eut pas le temps de réagir alors que le hurlement de Yuko se coinçait dans sa gorge.

Le zombie tira, et le fusil et Léti passèrent par-dessus bord.

— NON !

Yuko tendit la main. Ses doigts touchèrent la botte de Léti mais ne purent s’y accrocher. Il la vit basculer sur le dos du zombie et s’écraser mollement sur le sol.

Une poigne d’acier se referma sur le bras tendu de Yuko et il se sentit partir en avant. Le zombie, les globes oculaires suintant de sang, l’avait attrapé et tentait de le faire tomber à son tour. Yuko grogna, s’accrochait aux rebords coupants de la fenêtre mais la force du monstre aurait bientôt raison de lui.

Il sentit alors des petites griffes s’agripper à son dos et ses jambes. Les enfants pleuraient et criaient à la fois, le retenant de toute leur force.

Yuko aurait voulu leur dire quelque chose, mais toute son attention était focalisée sur le corps de Léti en bas. La jeune femme reprenait son souffle et se relevait péniblement. Yuko n’avait pas besoin de lui crier, elle savait qu’elle était foutue.

La horde avait suivi Tribal dès lors qu’ils l’avaient vu s’accrocher au mur comme une horrible araignée. Ils caracolèrent en grognant sur le parking envahi de hautes herbes et encerclèrent l’humaine.

Léti tenait difficilement sur ses jambes. Elle abattit ceux qui venaient vers elle, concentrée uniquement sur sa survie, au point d’en oublier le monstre qui l’avait fait tomber et qui s’attaquerait prochainement aux enfants.

Les enfants.

Il était hélas trop tard. Elle n’avait plus de munitions. Léti se campa sur ses jambes, brandissant le fusil comme un gourdin et attendit la horde qui n’était plus qu’à quelques mètres. Elle leva juste la tête pour voir Yuko aux prises avec le zombie géant, et entendit le cri des enfants.

Au moment où la horde fut sur elle, elle se mit à crier :

— Le revolver !

Létit se battit alors. Elle fracassa le crâne des zombies les plus proches qui sautillaient autour d’elle, comme une bande chats jouant avec leur proie. Léti frappa de toutes ses forces, tournoya sur elle-même, hurla sous la douleur dans ses jambes, et sentit soudain la morsure. Dans le ventre, puis la cuisse, les mollets, les bras. Elle se débattit, réussit à se libérer d’une mâchoire, écarta un poing massif qui s’écrasait sur son visage.

Les zombies ne la mordirent pas de suite à la jugulaire. Ils l’attaquèrent de toute part, avant de la dévorer vivante. Les hurlements de Léti  résonnèrent longtemps dans cette fin d’après-midi.

Le dernier son qu’elle entendit, écrasée sous les carcasses puantes des monstres fut celui d’un sifflement dans les airs et du grognement furieux du monstre géant.

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