Nesse (6ème partie)

La faim se calma un temps. Puis Walter se leva brusquement et se mit à parcourir de long en large la pièce, sans jamais pour autant s’approcher trop du bord.

— Voilà pourquoi il ne fallait pas s’arrêter, dit-il en ponctuant chaque mot d’une enjambée furieuse. Maintenant, nous nous trouvons piégés par des zombies. C’est la pire situation qui soit.

Yuko échangea un regard avec Léti. La jeune femme avait connu pire que ça sans doute, pourtant elle paraissait abattue.

— Combien il vous reste de munitions ? demanda Yuko.

— Une quinzaine.

— Il nous reste quatre coups dans le revolver, et vous avez une recharge supplémentaire Walter ?

Le dénommé se contenta de hausser les épaules. Il finit par s’arrêter au milieu de la pièce, se mordillant le pouce et Yuko n’insista pas.

— Ça nous fait vingt-cinq têtes en moins, sachant que…

— Non vingt. Il faut deux coups de revolver pour exploser leur crâne. Sans compter la distance.

Yuko sentit le découragement l’assaillir mais il n’en laissa rien paraître.

— Disons qu’on en descend dix en bas. De quoi les repousser. On passe la cour et ensuite…

Ils le laissèrent parler ainsi pendant cinq bonnes minutes. Yuko se laissa emporter mais il sentit bientôt les regards épuisés de Tya et Léti, celui aux yeux ronds de Link, et celui furieux de Walter.

— Vous êtes bien naïf Yuko, si vous croyez qu’un seul d’entre nous s’en sortira avec ce genre de plan. Vous croyez qu’ils sont combien dehors à nous attendre ?

— C’est dur à admettre mais je suis d’accord avec Walt, enchaîna Léti. On ne peut foncer dans le tas, comme vous dites. Pas avec si peu de munitions et surtout pas avec des enfants.

Yuko vit les yeux de Walter briller de malveillance, mais il se retint de dire quoi ce soit à son grand soulagement. Il se leva et se campa devant la fenêtre.

Ils avaient une échelle à disposition et la fenêtre donnait sur l’extérieur de l’usine. S’ils étaient assez rapides, ils pouvaient courir ensuite dans les hautes herbes sur la droite, en espérant que les zombies seraient trop maladroits pour les suivre bien longtemps.

Yuko avisa le ciel gris et la lumière déclinante. Le soir tomberait dans trois heures. Ils pouvaient passer une nuit à la rigueur ici, en faisant des tours de garde. Ensuite il leur faudrait s’enfuir au petit matin, quand la rosée était encore fraîche. Les morts-vivants craignaient l’humidité, d’après Walter. Léti affirmait qu’elle en avait déjà vu certains traverser des plans d’eau dès qu’ils chassaient une proie.

Yuko secoua la tête et s’éloigna de la fenêtre, longeant le mur jusqu’aux enfants. Oui son plan fonctionnerait, s’il n’y avait pas les deux gamins.

Les grondements doublèrent d’intensité et le cœur de Yuko fit une embardée. Walter était perché au bord du gouffre, le regard perdu. Yuko s’imagina, s’avancer doucement vers lui, poser ses mains à plat sur le dos du jeune homme et pousser.

Non.

— Éloignez-vous du bord Walter, fit Yuko. Ça les provoque ce que vous faites.

Il cligna des yeux, puis tourna la tête vers Yuko. Les deux hommes s’affrontèrent du regard. Walter se précipita vers Yuko si brusquement, que celui-ci se tendit comme un ressort, prêt à se battre.

— Il faut que je vous parle, murmura Walter ignorant la réaction de Yuko.

Furtivement, il jeta un œil en direction des enfants qui somnolaient et de Léti qui les observait avec méfiance.

— On ne peut pas vraiment s’isoler plus que ça, grommela Yuko.

Walter l’attira alors vers le gouffre et tout le corps du jeune homme se figea d’horreur. Ils restèrent tous les deux au bord, sous les regards délavés des morts-vivants.

— Il faut trouver une solution, murmura Walter.

— Je suis d’accord. Je pense que si on attire l’attention des zombies de ce côté, on pourra en profiter pour filer par la fenêtre avec l’échelle.

Il fit une pause et rajouta un ton plus bas :

— Il faudra demander à Léti de sortir en dernier. Elle abattra les plus gros et empêchera certains de quitter la pièce, ce qui nous laissera une longueur d’avance sur le gros de la troupe, pendant que nous deux on descend avec les enfants et on tue ceux qui s’approchent.

Yuko hocha la tête, soudain soulagé de pouvoir mettre ses idées en place.

— Ca peut marcher si on ne panique pas.

Il avait espéré voir l’espoir briller dans les yeux de Walter mais celui-ci le regardait comme s’il était fou.

— Il y en a déjà sous la fenêtre. Vous ne les avez pas vu, qui attendent dans les hautes herbes ?

Yuko sentit la colère monter en lui.

— Non je n’ai pas votre don pour repérer les zombies ! cria-t-il presque. Dans ce cas, vous signalerez la position à Léti, elle les abattra et…

— Et comment comptez-vous ouvrir cette fenêtre ? C’est du verre épais, soudé à la pierre. On peut seulement entrouvrir le panneau du haut, même pas de quoi faire passer les morveux !

Un cri perçant lui répondit. Yuko et Water se tournèrent brusquement vers la horde qui les observait. Un zombie replet, une femme d’après ses cheveux blonds et sa poitrine tombante leur offrait un rictus de toutes ses dents. Il semblait à Yuko qu’elle se moquait d’eux. Sentait-elle leur peur grandir ?

— Il n’y a qu’une solution possible, souffla Walter en se rapprochant de la figure de Yuko. Il faut en sacrifier un.

Les yeux de Walter luisaient, ses pupilles dilatées en deux points noirs.

— Sacrifier un quoi ? répondit Yuko d’une voix lente.

— Un des gamins. Il pourrait servir d’appât. De quoi occuper les zombies pendant qu’on se tire ! Qu’est-ce que vous en pensez ?

Il regarda la horde, puis les enfants.

— Je pensais utiliser le garçon… mais il ne contentera pas les monstres. Alors que la fille est grosse, elle les calmera assez.

— D’accord.

— D’accord pour la fille ou le garçon ?

— Non. D’accord, donnez-moi une bonne raison de pas vous casser la gueule.

Yuko savait se battre. Il avait même combattu un zombie estropié, l’empêchant in-extremis de le mordre et de le contaminer. Mais là, la rage qu’il avait ressentie lors de ce combat était bien différente de la fureur noire qui l’agitait à cet instant.

À sa grande surprise, Walter recouvrit son sourire de renard :

— Parce que vous avez besoin de moi. Peu importe comment, vous n’arriverez pas à traverser cette horde juste vous, votre volonté et Miss tireur d’élite. Il vous faut un troisième qui sache se servir d’un revolver et qui puisse surveiller vos arrières. J’en ai buté du zombie, vous savez. C’est pas par peur que je vous propose ça, mais par esprit de logique. Et vous le savez comme moi, que la seule façon de se sortir d’ici, c’est de sacrifier l’un d’entre nous. La femme est indispensable. Nous sommes deux adultes en pleine possession de leurs moyens. Les enfants nous handicapent.

— Nous ne sacrifierons pas les enfants.

Walter lui sourit encore plus largement :

— Vous n’avez pas dit « nous ne sacrifierons personne ».

Il s’éloigna répétant d’une voix douce :

— Vous le savez comme moi Yuko. Vous le savez.

Walter campait juste sous la fenêtre, les genoux ramenés sous son menton, les yeux fermés. Yuko supposa qu’il dormait.

Il s’était assis à côté de Tya et Link qui jouaient avec l’ours en peluche. Léti lui avait interdit de le faire couiner, de peur d’attiser la rage des zombies et Yuko trouvait le conseil excellent. La jeune femme somnolait, après avoir vérifié l’état de son fusil sniper. Elle n’avait proposé aucune solution de fuite, et Yuko se sentait doucement envahir par le désespoir.

Il rejetait dans son esprit les mots de Walter. Ils tournoyaient dans sa tête, et à chaque fois qu’il y pensait, Yuko se sentait paralysé par une horreur sans nom. Il visualisait la chose, il voyait comment faire.

Non. Pas la bonne solution non plus.

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Une réflexion sur “Nesse (6ème partie)

  1. Bonjour! Juste pour te dire que je trouve ton blog vraiment sympa. Les artciles sont rédigés avec bcp de soins et sont la pluspart du temps très pertinents.. j’aimerais bien avoir la même inspiration :-) J’édite moi aussi un blog .. a bientôt, Julie

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